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Nicolas Verieul & Marguerite Hyardin

Découvrez l’histoire remarquable de Nicolas Verieul, matelot normand originaire de Dieppe, et de Marguerite Hyardin, Fille du roi venue de Joinville, qui se sont mariés en Nouvelle-France en 1665. Suivez leur parcours sur la Côte-de-Beaupré et à l’île d’Orléans, et découvrez comment ils sont devenus les ancêtres fondateurs de la famille Veilleux en Amérique du Nord.

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Nicolas Verieul & Marguerite Hyardin

Un matelot normand et une Fille du roi : aux origines de la famille Veilleux

 

Nicolas Verieul, fils de Nicolas Verieul et de Colette Roussel (également appelée Perette et Pierrette), est baptisé le 17 octobre 1632 dans la paroisse Saint-Jacques de Dieppe, en Normandie, en France. Son parrain est Thomas [illisible] et sa marraine est Catherine [Guelinot?].

Baptême de Nicolas Verieul en 1632 (Archives départementales de la Seine-Maritime)

Église Saint-Jacques à Dieppe, carte postale non datée (Geneanet)

Localisation de Dieppe en France (Mapcarta)

Nicolas grandit à Dieppe aux côtés d’au moins cinq frères et sœurs : Thomas, baptisé le 9 février 1629 ; Jean, qui épouse Madeleine Blondel à Dieppe le 22 juin 1656 ; Catherine, baptisée le 26 septembre 1638 ; Thomas, baptisé le 25 octobre 1640 ; et Marie, baptisée le 25 avril 1642. Leur père est inhumé au cimetière de la paroisse Saint-Jacques le 4 août 1662, et leur mère, le 27 décembre 1673.

Dieppe est située dans le nord de la France, dans le département de la Seine-Maritime. Aujourd’hui, la ville compte environ 30 000 habitants, appelés les Dieppois. Important port maritime, elle se distingue au XVIe siècle par sa contribution à l’école française de cartographie. 

« Diepe fameux port de mer en la coste septentrionalle de la province de Normandie », 1650 (Bibliothèque nationale de France)


Arrivée en Nouvelle-France

Nicolas arrive probablement en Nouvelle-France en 1656, bien qu’aucun document attestant son passage n’ait été retrouvé. Sa première mention dans les archives de la colonie remonte au 13 mai 1657, date à laquelle il agit à titre de témoin dans deux actes notariés à Château-Richer. Étant donné que le premier navire connu à avoir atteint Québec en 1657 n’arrive que le 27 mai, Nicolas doit déjà se trouver dans la colonie à cette date. Un autre indice provient du mariage de son frère Jean Verieul, célébré le 22 juin 1656 à Dieppe : Nicolas n’y est pas présent, mais il avait préalablement donné son consentement au mariage. Il se peut donc qu’il ait déjà quitté la France ou qu’il soit alors sur le point de partir. Pris ensemble, ces éléments suggèrent que 1656 est l’année la plus probable de son arrivée en Nouvelle-France.

« Le Canada, ou Nouvelle France », carte créée par Nicolas Sanson et Pierre Mariette, vers 1662 (Bibliothèque et Archives nationales du Québec)

Le nom de famille Verieul apparaît dans les registres sous diverses orthographes phonétiques, notamment Vérieu, Veurieul, Vériolle, Vérieur, Vergueur, Verielle, Verdrieul, Voidiou et Vidieu. Nicolas signe « Verieul ». Au fil des générations suivantes, ces variantes cèdent progressivement la place à l’orthographe Veilleux, qui s’impose comme la forme standard du nom de famille chez ses descendants au Québec.


Prendre pied dans la colonie française

Le 25 avril 1659, à Québec, Nicolas « Vérieul », décrit comme matelot, conclut une entente avec Pierre Enjouys, sieur de Saint-Jacques. À compter du lendemain, Nicolas s’engage à servir Enjouys pendant quatre mois à bord d’une chaloupe qu’Enjouys a acquise de Julien Fortin. En contrepartie, Nicolas doit recevoir 27 livres par mois, ainsi qu’une paire de souliers français pour la durée de son engagement. L’entente est conditionnelle à l’approbation, par les associés d’Enjouys, de la transaction conclue avec Fortin ; s’ils ne l’approuvent pas, le salaire dû à Nicolas pour tout service déjà rendu doit être acquitté en priorité sur les autres dettes prises sur le fret de la chaloupe. Le contrat est passé à Québec, à la maison de la communauté du Magasin, et Nicolas signe l’acte.

 

La signature de Nicolas en 1659

 

Le 2 février 1660, Nicolas reçoit le sacrement de la confirmation des mains de « François de Montmorency-Laval, Monseigneur L’Illustrissime et Révérendissime Evesque de Petrée, Vicaire Apostolique dans tout le païs de la Nouvelle France », aux côtés de 153 autres hommes, femmes et enfants. Il est inscrit sous le nom de « Nicolas Verieul, fils de Nicolas Verieul et de Perette Rousel, de l’Archevesché de Rouan, paroisse St. Jacques de Dieppe ».

Le mois suivant, le 18 mars 1660, Nicolas fait un don de 60 livres à la chapelle Sainte-Anne du Petit-Cap. Il cède à la chapelle une créance de ce montant que lui doit Marin Nourrice et dont le paiement doit être recouvré auprès de Claude Bouchard. Étienne de Lessard accepte le don au nom de la chapelle et est désigné dans l’acte comme le « donateur du fond d’icelle », c’est-à-dire le donateur du terrain sur lequel elle est établie. Nicolas est décrit comme un habitant résidant dans la seigneurie de Beaupré. Nicolas, Lessard et les témoins signent l’acte.

Le 26 juin de la même année, alors qu’il s’apprête à partir pour la France, Nicolas cède à Richard Dumesnil, écuyer, la portion de grain qui lui revient de la moisson de l’habitation de la « veuve Bacon » [Marie Tavernier] à Château-Richer. En contrepartie, Dumesnil accepte de régler les dettes de Nicolas, soit 32 livres 10 sols à Madame Sevestre et 33 livres à Antoine François dit Le Gascon. Dans l’acte, Nicolas est décrit comme un « travaillant », résidant sur la côte et dans la seigneurie de Beaupré. Nicolas et Dumesnil demeurent étroitement liés pendant des années, menant des affaires ensemble et finissant par acquérir et exploiter conjointement des terres sur la Côte-de-Beaupré.

Les dates exactes du voyage de Nicolas en France sont inconnues, mais il est de retour en Nouvelle-France dès le mois de mai 1662. Entre 1662 et 1664, Nicolas apparaît dans plusieurs autres actes notariés :

  • Le 18 mai 1662, à Québec, Nicolas constitue Mathieu d’Amours, écuyer, sieur de Chauffour, son « procureur général et spécial ». Il lui donne pouvoir de recevoir en son nom les sommes indiquées dans l’acte, notamment 27 livres dues par Gilles Moyneau en vertu d’une promesse datée du 28 novembre 1661, ainsi que 29 livres dues par Henry [Brauz?]. D’Amours est également autorisé à donner quittance et décharge et, en cas de refus de paiement, à entreprendre les poursuites nécessaires. Nicolas est décrit dans l’acte comme un matelot.

  • Le 11 août 1662, Nicolas Chavigneau reconnaît devoir à Nicolas 40 livres, somme que ce dernier lui a avancée afin de payer ses créanciers et de subvenir à ses besoins pressants.

  • Le 25 avril 1663, Nicolas et Richard Dumesnil achètent conjointement de Louis Gagnier [Gagné] une terre située au « Petit Cap », sur la côte de Beaupré, pour la somme de 130 livres. La terre mesure trois arpents de front sur le Saint-Laurent. Elle est assujettie à des redevances seigneuriales annuelles de 20 sols de rente et de six deniers de cens par arpent de front, ainsi qu’à deux chapons vifs, le tout payable chaque année à la fête de Saint-Martin d’hiver.

  • Le 23 mars 1664, dans l’étude du notaire Michel Fillion, à Québec, Charles Aubert de La Chesnaye, coseigneur de la seigneurie de Beaupré et de l’île d’Orléans, accorde à Nicolas et à Richard Dumesnil une concession sur la Côte-de-Beaupré. La terre mesure trois arpents de front sur le fleuve Saint-Laurent et une lieue et demie de profondeur. Elle est assujettie à des redevances seigneuriales annuelles de 20 sols de rente par arpent de front, ainsi qu’à trois chapons vifs et à trois sols de cens pour l’ensemble de la concession, le tout payable à la fête de Saint-Martin d’hiver. Outre ces redevances annuelles, Nicolas et Richard sont tenus de faire moudre leur grain au moulin seigneurial et de se soumettre à la juridiction de la cour seigneuriale. Ils doivent également fournir à Charles Aubert une copie du contrat de concession à leurs frais.

  • Le 19 avril 1664, Richard Dumesnil, se portant fort pour son associé Nicolas Verieul, conclut une transaction avec leur voisin Jean Lepicart [Picard] afin de régler un différend relatif à la limite de leurs terres et, comme le stipule l’acte, de « rétablir la paix et l’amitié ». La grange de Picard empiète sur la terre de Nicolas et de Richard. Ceux-ci conviennent de lui céder la portion de terrain nécessaire autour de la grange, ainsi qu’un espace suffisant pour y faire tourner une charrette. En contrepartie, Picard leur cède une portion de sa propre terre.


Marguerite Hyardin, fille de René Hyardin et de Jeanne Sarrey (ou Serré), est baptisée le 30 août 1645 dans la paroisse Notre-Dame de Joinville, en Champagne, en France. Son parrain est François [Berraud?] et sa marraine est Marguerite [Petitjean ?]. Ses parents se marient dans cette même église le 15 octobre 1644. Son père, René Hyardin, est inhumé à Joinville le 25 janvier 1646, moins de cinq mois après le baptême de Marguerite. Ses grands-parents paternels sont Nicolas Yardin et Marguerite Simon.

Le nom de famille de Marguerite apparaît dans les documents sous différentes orthographes phonétiques ; on le retrouve le plus souvent sous les formes « Hiardin » et « Yardin ».

Baptême de Marguerite Hyardin en 1645 (Archives départementales de la Haute-Marne)

Localisation de Joinville en France (Mapcarta)

Église Notre-Dame à Joinville (Geneanet)

Fondée vers l’an 1000 au pied d’un château surplombant la vallée de la Marne, Joinville devient une ville importante au Moyen Âge et à la Renaissance, liée à la puissante maison de Guise. Située à environ 210 kilomètres au sud-est de Paris, Joinville fait partie de l’actuel département de la Haute-Marne et de la région Grand Est. Elle compte moins de 3 000 habitants, appelés les Joinvillois. 

« Veüe de la Ville et du Chasteau de Joinville en Champagne », aquarelle du XVIIe siècle (Bibliothèque nationale de France)

On sait peu de choses sur la vie de Marguerite en France. Elle quitte probablement la France en 1665 pour la Nouvelle-France, où elle arrive à Québec comme Fille du roi.


Mariage et enfants

Le 5 octobre 1665, à Québec, le notaire Claude Auber rédige un contrat de mariage entre « Nicollas Verieul » et « Marguerite Yerdain ». Nicolas, âgé de 32 ans, est habitant de la côte de Beaupré et réside dans la paroisse Sainte-Anne ; Marguerite a 20 ans. Le contrat rattache les parents de Marguerite à la paroisse Saint-Sulpice de Paris, bien que la raison de cette mention demeure incertaine : son père est inhumé à Joinville en 1646, tandis que son acte de mariage religieux la désigne comme native de la paroisse Notre-Dame de Joinville. Les témoins de Nicolas sont Julien Fortin dit Bellefontaine, Claude Bouchard, Richard Dumesnil et Nicolas [Gasse?]. Les témoins de Marguerite sont « Nosseigneurs de Tracy, gouverneur et intendant » (Alexandre de Prouville de Tracy, Daniel de Rémy de Courcelle, gouverneur de la Nouvelle-France, et Jean Talon, intendant), ainsi que « Madame Dailleboust » [Marie Barbe de Boullongne, veuve de l’ancien gouverneur Louis d’Ailleboust] et « Madame Bourdon » [Anne Gasnier, épouse de Jean Bourdon]. [Mme Gasnier est surtout connue pour avoir été la chaperonne des Filles du roi dans les années 1660. Elle effectue plusieurs voyages en France pour recruter de jeunes femmes désireuses de fonder une famille au Canada, puis leur fournit le gîte et le couvert à Québec.]

Le contrat suit les règles de la Coutume de Paris, qui régit la transmission des biens familiaux en Nouvelle-France. Sauf dispositions contraires prévues au contrat de mariage, les époux sont soumis à la « communauté de biens ». Les biens meubles et les biens acquis pendant le mariage font généralement partie de la communauté, tandis que certains biens immeubles possédés avant le mariage ou hérités par l’un ou l’autre des conjoints demeurent des biens propres. Lors du décès de l’un des conjoints et de la dissolution de la communauté, le conjoint survivant conserve la moitié des biens de la communauté, tandis que la moitié du conjoint décédé revient à ses héritiers, normalement les enfants, à parts égales, fils et filles. Après un décès, un inventaire est couramment dressé afin d’identifier et d’évaluer les biens appartenant à la communauté.

Le contrat conclu entre Nicolas et Marguerite comporte également une clause de donation réciproque prévoyant que, si l’un des conjoints meurt sans héritiers, le conjoint survivant hérite de tous les biens du conjoint décédé. Nicolas et plusieurs témoins signent l’acte ; Marguerite, quant à elle, appose sa marque.

Le couple se marie deux mois plus tard, en décembre 1665, chez Julien Fortin dit Bellefontaine, au Cap Tourmente, « tenant lieu d’église ». Nicolas est décrit comme matelot de son métier, natif de la paroisse Saint-Jacques de Dieppe. Marguerite est quant à elle native de la paroisse Notre-Dame de « Jouenville », en Champagne.

Nicolas et Marguerite s’installent sur la Côte-de-Beaupré, où ils ont au moins neuf enfants :

  1. Nicolas (1667–1719)

  2. Marie (1669–1677)

  3. Marguerite (1671–1753)

  4. Angélique (1673–1743)

  5. Marie (1679–1775)

  6. Joseph (vers 1681–1736)

  7. Marie Madeleine (1683–1746)

  8. René (1685–1685)

  9. Jean Baptiste (1688–1689)

Quelques mois après le mariage de Nicolas, celui-ci et Richard Dumesnil procèdent au partage officiel des deux propriétés qu’ils détiennent conjointement sur la Côte-de-Beaupré. Dans une entente passée devant le notaire Claude Auber le 3 avril 1666, Nicolas reçoit la propriété située entre les terres de Sylvain Le Veau et de Jean Lepicart, tandis que Richard reçoit celle située entre Jean Barrette et les héritiers de feu Louis Guimont. La propriété attribuée à Nicolas étant considérée comme plus avantageuse, il est tenu, en compensation, de faire défricher quatre arpents de terre pour Richard et de les rendre propres à la culture.


La famille Verieul dans les recensements  

Nicolas et Marguerite sont inscrits de façon erronée dans le recensement de 1666. Nicolas figure sur une liste de « personnes qui ne sont point mariés ou mariés en France, habittants de Beaupré ». Il y est répertorié comme matelot, âgé de 32 ans, tandis que Marguerite, âgée de 20 ans, y est mentionnée comme l’épouse de Richard Dumesnil.

 

Recensement de 1666

Le premier recensement du Canada a été effectué en 1666 sous la direction de Jean Talon, intendant de la colonie. Arrivé en Nouvelle-France seulement l’année précédente, Talon n’avait aucune expérience préalable en matière de dénombrement de la population. La France elle-même n’avait encore jamais réalisé de recensement. Cela ne l’a toutefois pas découragé. Il a constitué une équipe de recenseurs munis de plumes, d’encre et de papier. Ceux-ci ont parcouru la colonie, visitant les petits villages et les campagnes et allant de foyer en foyer. Ils ont consigné le nom, l’âge, la profession et le lien de parenté avec le chef de famille de chaque résident.

Le recensement a été réalisé pendant l’un des hivers les plus rigoureux depuis 30 ans, ce qui a posé des difficultés supplémentaires. Le froid et la neige ont toutefois pu jouer en faveur des recenseurs, puisque la plupart des habitants demeuraient près de chez eux et étaient ainsi plus faciles à dénombrer. En l’espace de plusieurs mois, l’équipe de Talon a recensé 3 418 colons vivant en Nouvelle-France.


Le recensement de 1666 comporte de nombreuses erreurs, la plus importante étant une sous-estimation de la population de l’ordre de 25 à 30 %. Un autre recensement est effectué l’année suivante. Cette fois-ci, Nicolas et Marguerite sont correctement recensés ensemble à Beaupré, en compagnie de leur fils Nicolas, âgé d’un an, et d’un domestique de 20 ans nommé Jean de la Fond. Le couple possède huit arpents de terre « en valeur » (défrichée ou en culture).

Recensement de 1667 pour la famille Verieul (Bibliothèque et Archives Canada)

Les comptes de la chapelle Sainte-Anne mentionnent également une contribution de deux livres versée en 1670 par « la femme de Vedieu » (l’épouse de Verieul), ce qui semble désigner Marguerite.

Le 17 juillet 1672, Jacques Lesot, habitant de Beaupré, cède à Nicolas les droits et intérêts qu’il détient dans une barque nommée Sainte-Anne.

Le 22 décembre 1673, Nicolas reconnaît devoir 50 livres et 15 sols au marchand Jean Picard, qui a versé cette somme en son nom à Pierre Butaud [Buteau] et à Jean Boutin. Nicolas s’engage à rembourser cette dette au plus tard le 1er août de l’année suivante.


Départ pour l’île d’Orléans

Au début de l’année 1676, Nicolas et Marguerite cèdent leurs propriétés situées sur la Côte-de-Beaupré dans le cadre d’une série de transactions qui semblent précéder leur déménagement à l’île d’Orléans.

  • Le 7 mars 1676, Nicolas et Marguerite vendent une concession à Jean Cloutier fils pour la somme de 635 livres, à laquelle s’ajoutent 15 livres à verser à la fabrique de Sainte-Anne. La terre mesure deux arpents de front sur le fleuve Saint-Laurent et environ une lieue et demie de profondeur, ce qui représente les deux tiers d’une concession de trois arpents que les vendeurs avaient acquise de Pierre Gaingnon [Gagnon] par un échange conclu la veille. La propriété comprend des « terres labourables et cultivables à la pioche et comprenant prés, bois, pastures avecq une petite maison manable ».

  • Le 22 mars 1676, Nicolas et Marguerite vendent une terre à Château-Richer à Jean Gaignon [Gagnon], habitant du cap de Tourmente, pour la somme principale de 430 livres, plus 12 livres de gratifications d’usage (« pot-de-vin et épingles »), soit un total de 442 livres. La terre mesure un arpent de front sur le fleuve Saint-Laurent sur une profondeur d’une lieue et demie. Elle jouxte d’un côté la terre de Jean Gagnon et, de l’autre, celle de Jean Cloutier fils. L’acte de vente est rédigé par le notaire Romain Becquet dans son étude de Québec. Nicolas signe le document ; Marguerite déclare ne savoir signer.

La famille Verieul s’installe à l’île d’Orléans entre 1676 et 1679. Un récit biographique ultérieur situe plus précisément son installation à Saint-François en 1676, bien que la concession originale confirmant cette date n’ait pas été retrouvée. En 1681, Nicolas et Marguerite figurent dans le recensement de la Nouvelle-France ; ils vivent sur l’île avec leurs cinq enfants et un domestique de 40 ans nommé Michel. La famille possède un fusil et six arpents de terre en valeur.

Recensement de 1681 pour la famille « Verieu » (Bibliothèque et Archives Canada)


Matelot, scieur et maître de barque

Les actes notariés des années 1680 offrent un aperçu exceptionnellement détaillé de la vie professionnelle de Nicolas et des activités économiques de son ménage. Ils montrent qu’il conclut des contrats liés au transport maritime, à la production de bois d’œuvre, ainsi qu’à la propriété et au commandement de navires. Il conclut également des ententes au nom de membres de sa famille.

  • Le 6 mars 1683, Nicolas conclut un contrat avec Louis Rouer de Villeray, conseiller au Conseil souverain, pour le transport de pierre à Québec. Nicolas est décrit comme matelot résidant dans le comté de Saint-Laurens (île d’Orléans). Il s’engage à livrer la pierre à un endroit désigné par Villeray dans la Basse-Ville de Québec, au tarif de six livres et dix sols par « chaloupe chargée raisonnablement ». Ce contrat est peut-être lié à la reconstruction de la résidence de Villeray à Québec, détruite par un incendie l’année précédente.

  •  Le 30 juillet 1683, Nicolas et le charpentier Jean Rouleau règlent leurs comptes devant le notaire Gilles Rageot. Après examen des sommes et des obligations qui les lient, Rouleau reconnaît devoir à Nicolas un solde de 42 livres et s’engage à le lui payer. Nicolas est décrit comme matelot et habitant de la paroisse de Saint-François, sur l’île d’Orléans.

  •  Le 11 mars 1684, un accord est conclu entre Nicolas et Jean Lepicart [Picard], marchand de Québec. Ce dernier loue à Nicolas une barque nommée la Sainte-Anne pour « toute la navigation prochaine ». Picard s’engage à faire calfeutrer le navire, à l’équiper convenablement et à le munir de tout le matériel nécessaire avant le début de la navigation. Nicolas doit commander le navire et en prendre soin comme s’il s’agissait du sien. Une fois l’armement initial effectué, les deux hommes se partagent la responsabilité de l’entretien de la Sainte-Anne, y compris les pertes ou les bris touchant ses câbles, ses ancres et son gréement. Le contrat précise également comment les profits et les pertes sont répartis selon qu’un autre homme est ou non engagé pour servir à bord.

  •  Le 27 octobre 1684, Nicolas conclut, avec Joseph Bonneau dit Labécasse et Alexandre Boissard, un contrat avec Jean Gitton, marchand de Québec. Boissard agit au nom de Nicolas Menanteau, alors absent. Nicolas, Bonneau et Boissard résident à Saint-François, sur l’île d’Orléans. Ils s’engagent à fournir à Gitton 2 000 planches de pin, mesurant chacune environ dix pieds de longueur, dix pouces de largeur et un pouce d’épaisseur, ainsi que 500 madriers (planches épaisses) de même longueur et largeur et d’environ deux pouces et demi d’épaisseur. L’entente fixe un prix de 32 livres par centaine de madriers et de 24 livres par centaine de planches ordinaires. Le paiement doit être effectué pour un tiers en argent comptant et pour deux tiers en marchandises. Gitton accepte également d’avancer aux hommes jusqu’à 300 livres, et un peu plus selon leurs besoins. Le bois doit être livré au plus tard le 15 avril de l’année suivante, et Gitton accepte de mettre sa chaloupe à leur disposition pour les travaux.

  •  Le 3 février 1685, Nicolas et ses associés, Joseph Bonneau et Nicolas Menanteau, concluent un marché de livraison de madriers et de planches avec Jacques de Meulles, chevalier, seigneur de La Source, conseiller du roi et intendant de la justice, de la police et des finances en Nouvelle-France. Les trois hommes, décrits comme scieurs de long, s’engagent à produire autant de madriers et de planches de pin qu’ils le peuvent entre la date du contrat et la prochaine saison des semences, en travaillant sans interruption entre-temps. Les madriers et les planches doivent être livrés au bord de la rivière, derrière la résidence de l’intendant à Québec. Certains madriers de pin de 20 pieds sont vendus à 100 livres la centaine ; d’autres madriers de dimensions ordinaires, à 40 livres la centaine ; et les planches de pin ordinaires, à 30 livres la centaine.

« Scieurs de long dans la montagne de Lure », peinture de Michel Moutte, 2013 (Wikimedia Commons)

  • Le 6 novembre 1686, Nicolas signe un contrat par lequel il place sa fille Marguerite, âgée de 15 ans, au service du marchand Mathieu de Linot [Delino] et de son épouse Catherine Nolan à Québec. Marguerite est engagée à les servir pendant un an, période pour laquelle de Linot s’engage à lui verser 50 livres.

  •  Le 10 juin 1688, Nicolas achète une barque de 10 tonnes de Pierre Asseline [Asselin] pour 300 livres, payables en deux versements égaux. C’est la première fois que Nicolas est désigné dans un acte comme « maître de barque ». La vente comprend le gréement du navire, les grappins, les voiles, un câble neuf, d’autres cordages et équipements, ainsi que la moitié d’une chaloupe et d’un canon.

  • Le 20 juin 1688, dix jours plus tard, Nicolas achète de René Bauché [Baucher] une moitié indivise d’une chaloupe d’une capacité de sept cordes de bois, pour la somme de 300 livres, payable en deux versements égaux. La vente comprend également la moitié des agrès et de l’équipement de la chaloupe, y compris un câble neuf. Dans le cadre de l’entente, Nicolas s’engage également à effectuer deux voyages avec la chaloupe pour le compte de Baucher, dont l’un vers la rivière Cap-Rouge.


Affaires familiales et patrimoniales

Le 26 septembre 1688, Nicolas et Marguerite vendent à Jean Lepicart [Picard] et Lucien Boutteville, marchands à Québec, leur droit à une rente annuelle de 16 livres que leur doit en France Magdelaine [Tion ?], veuve de Jean Dubuc. Cette rente est établie par un contrat passé à Dieppe en 1678. En échange du droit de percevoir ce paiement annuel, Lepicart et Boutteville versent à Nicolas et Marguerite 320 livres, en partie en argent comptant et en partie en marchandises. Nicolas et Marguerite convertissent ainsi un revenu annuel de 16 livres en une somme équivalant à 20 années de ce revenu.

En juillet 1692, Marguerite est admise à l’Hôtel-Dieu de Québec. Bien que la raison de son hospitalisation soit inconnue, elle y reste 61 jours.

Registre des patients de l’Hôtel-Dieu, entrée pour Marguerite « Jourdin » (Ancestry)

Dans l’après-midi du 11 novembre 1694, Nicolas et Marguerite vendent une terre et une maison situées sur l’île d’Orléans à leur gendre Jacques Baudon, époux de Marguerite, pour la somme de 300 livres. La terre, située dans la paroisse de Saint-François, mesure trois arpents de front donnant sur le fleuve Saint-Laurent, sur une profondeur « jusqu’à la ligne ou la route qui traverse ladite île en son milieu, d’un bout à l’autre ». Elle est située entre la terre de Nicolas et Marguerite et celle de René Edmond [Émond], dans la seigneurie d’Argentenay, propriété des Dames hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Québec. La parcelle fait partie d’une concession initiale de cinq arpents et huit perches accordée sous seing privé. Dans le cadre de cette entente, Jacques s’engage à fournir à Nicolas et Marguerite un logement pour le reste de leur vie et à partager avec eux certains produits de la propriété. Nicolas et Marguerite conservent également le droit de prélever certains matériaux de construction de la maison existante pour les utiliser sur la parcelle adjacente dont ils restent propriétaires.

L’église paroissiale de Saint-François telle qu’elle apparaît aujourd’hui (© La Généalogiste franco-canadienne)

Plus de deux ans plus tard, le 20 mars 1697, le notaire Étienne Jacob rédige un autre accord entre Nicolas et Marguerite et leur gendre, Jacques Baudon. Le couple vend à Jacques une terre et une habitation à Saint-François, mesurant trois arpents de front sur le fleuve Saint-Laurent et s’étendant vers l’intérieur des terres sur environ la moitié de la largeur de l’île. La propriété est située entre les terres conservées par Nicolas et Marguerite et celles de René Raymont [Émond]. Tout comme la parcelle cédée à Jacques en 1694, elle fait partie de la concession initiale de cinq arpents et huit perches de front, accordée sous seing privé par les Dames hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Québec. Jacques prend à sa charge les cens et les rentes seigneuriales rattachés à la propriété. Comme lors de la transaction précédente, le prix d’achat s’élève à 300 livres. Nicolas accepte également de prêter à Jacques deux bœufs pour le premier labour, tandis que le contrat précise les modalités régissant l’utilisation et les produits de la terre pendant l’année de transition.

Dans un appel interjeté devant le Conseil souverain le 6 juillet 1699, Thomas Asselin conteste un jugement antérieur de la Prévôté de Québec lui ordonnant de verser à Nicolas 40 livres, plus les dépens, pour des arbres de cèdre qu’il avait pris sur l’habitation de ce dernier. Nicolas est représenté par son épouse, assistée de LaCetière, tandis que Thomas est représenté par son frère Jacques Asselin. Avec le consentement des parties, le Conseil annule le jugement antérieur et ordonne à Thomas de verser à Nicolas un total de 30 livres, couvrant à la fois la valeur des cèdres et les frais de justice.

Le 27 mars 1708, Nicolas et Marguerite donnent deux arpents de terre situés dans la paroisse de Saint-François, sur l’île d’Orléans, à leur fils Joseph, avec le consentement et l’accord de leurs autres enfants et gendres. Nicolas, âgé de soixante-quinze ans, est décrit comme « estant privé de la veue depuis plusieures années ». Joseph s’engage à prendre soin de ses parents jusqu’à la fin de leur vie en les nourrissant, en subvenant à leurs besoins, en les logeant et en leur fournissant du chauffage. Il s’engage également à s’occuper d’eux en cas de maladie et à leur procurer des médicaments. Il est désormais responsable du paiement du cens et de la rente de la terre et s’engage à faire inhumer ses parents à leur décès. Chaque enfant de la famille Verieul s’engage à faire dire deux messes pour le repos de l’âme de ses parents. Malgré sa cécité, Nicolas réussit tout de même à signer le document, bien que d’une main tremblante.


Décès de Nicolas et Marguerite

Nicolas Verieul meurt à l’âge de 81 ans. Il est inhumé le 11 octobre 1714 dans le cimetière paroissial de Saint-François, sur l’île d’Orléans.  

L’acte de sépulture indique :

« Le onzieme octobre de Lannee mil Sept cent quatorze par moy pretre curé Soussigné a eté enterré dans le cimetiere de la paroisse nicolas verieulle agé d’environ quatre vingt ans, Sans avoir reçu Les Sacrements pour estre [devenu ?] en enfance depuis quelque temps […] »

Sépulture de Nicolas Verieul en 1714 (Généalogie Québec)

Dans les documents français des XVIIe et XVIIIe siècles, l’expression « être devenu en enfance » sert à décrire une personne âgée ayant perdu tout ou partie de ses facultés mentales, ce qui correspondrait approximativement à ce que l’on qualifierait aujourd’hui de déclin cognitif grave ou de démence. Cela ne signifie pas que la personne est littéralement revenue à l’enfance, mais plutôt qu’elle n’est plus considérée comme capable d’exercer normalement son jugement ou sa raison.

Marguerite Hyardin meurt à l’âge de 74 ans le 29 mai 1720. Elle est inhumée le lendemain dans le cimetière paroissial de Saint-François, sur l’île d’Orléans. Son âge y est toutefois indiqué par erreur comme étant d’environ 90 ans.

L’acte de sépulture indique :

« Le Trentieme jour de may en mil Sep cent vingt par moy curé Soussigné a ete inhumée dans le cimetiere de la paroisse marguerite hyardin veuve verieul agée denviron quatre vingt dix ans ; decedée le jour precedent apres avoir reçu tous Les Sacrements […] »

Sépulture de Marguerite Hyardin en 1720 (Généalogie Québec)


Mémoire de Nicolas et Marguerite

Plusieurs monuments et plaques commémorent les ancêtres de la famille Veilleux :

  • En 1994, l’Association des familles Veilleux dévoile une plaque à la mémoire de Marguerite dans sa ville natale de Joinville, rue Sprendlingen.

  • En 2003, l’Association érige un monument et dévoile une plaque à la mémoire de Nicolas et Marguerite à Beaupré.

  • En 2011, pour souligner le 335e anniversaire de l’installation de Nicolas et Marguerite sur l’île d’Orléans, l’Association dévoile une plaque commémorative dans l’enceinte de la Maison de nos Aïeux, à Sainte-Famille, sur l’île d’Orléans.

Plaque à Sainte-Famille (© La Généalogiste franco-canadienne)


Une famille enracinée en Nouvelle-France

Nicolas Verieul et Marguerite Hyardin arrivent en Nouvelle-France par des chemins bien différents. Originaire de Dieppe, en Normandie, Nicolas vit déjà depuis plusieurs années dans la colonie et gagne sa vie comme matelot lorsque Marguerite, native de Joinville, en Champagne, débarque à Québec en 1665 comme Fille du roi. Leur mariage, célébré la même année, marque le début d’une vie commune qui se déroule presque entièrement le long du Saint-Laurent.

Après quelques années sur la Côte-de-Beaupré, le couple s’établit à Saint-François, sur l’île d’Orléans. Nicolas demeure étroitement lié au monde maritime et fluvial, exerçant tour à tour comme matelot, scieur de long et maître de barque, tandis que les nombreux actes notariés conservés à son sujet témoignent également de ses activités commerciales et foncières. Avec Marguerite, il acquiert et cède des terres, élève une nombreuse famille et prépare progressivement la transmission de leurs biens à leurs enfants.

À la fin de leur vie, Nicolas et Marguerite ont profondément enraciné leur famille dans la colonie. Leurs descendants quittent peu à peu l’île d’Orléans pour s’établir notamment dans la Beauce, puis, au fil des générations, dans d’autres régions du Québec et au-delà. De ce couple formé en 1665 descend une vaste part des familles Veilleux d’Amérique du Nord.

 
 
Nicolas Verieul & Marguerite Hyardin (biographie en français en format PDF)
CA$4.99

Version PDF de la biographie qui se trouve à l'adresse suivante : https://www.tfcg.ca/nicolasverieul-et-marguerite-hyardin.



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Bibliographie :