Bertrand Guérin & Marguerite Gariépy
Découvrez l’histoire de Bertrand Guérin, un marchand originaire d’Avranches, en Normandie, qui immigre en Nouvelle-France au début du XVIIIe siècle, et de son épouse, Marguerite Gariépy, née sur l’île Jésus (aujourd’hui Laval, au Québec). Mariés en 1739, ils fondent une famille et acquièrent des terres dans la région de Montréal. Grâce aux registres paroissiaux, aux contrats de mariage, aux transactions foncières et aux inventaires après décès, leur biographie offre un aperçu de la vie quotidienne dans le Québec colonial, notamment du commerce, de la propriété foncière, des relations familiales et des défis du veuvage. Découvrez le parcours de ces ancêtres canadiens-français et l’héritage qu’ils ont laissé à leurs descendants.
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Bertrand Guérin & Marguerite Gariépy
D’Avranches à l’Île-Jésus : les débuts d’une famille en Nouvelle-France
Bertrand Guérin, fils de Guillaume Guérin et de Françoise Le Hanneur, est baptisé le 16 juin 1699 dans la paroisse de Notre-Dame-des-Champs à Avranches, en Normandie, en France. Son père est décrit comme marchand bourgeois. Son parrain est [Renaud ?] [Adouin ?], lui aussi marchand bourgeois, et sa marraine est Madeleine Noël. Seule la marraine signe l’acte de baptême. [La date de naissance n’y apparaît pas.]
Baptême de Bertrand Guérin en 1699 (Archives départementales de la Manche)
Avranches se trouve à environ 270 kilomètres à l’ouest de Paris, dans l’actuel département de la Manche. Elle compte environ 10 000 habitants, appelés Avranchais ou Avranchinais. Elle surplombe la baie du Mont-Saint-Michel, offrant une vue sur le célèbre site fortifié.
Localisation d’Avranches en France (Mapcarta)
La paroisse de Notre-Dame-des-Champs remonte au Moyen Âge, époque à laquelle une petite chapelle est érigée à l’extérieur des remparts sud d’Avranches. Initialement rattachée à un cimetière, elle devient peu à peu une église paroissiale à mesure que la population environnante s’accroît. La modeste église où Bertrand est baptisé en 1699 est remplacée au XIXe siècle par un édifice néogothique beaucoup plus vaste. La construction débute en 1863 et la nouvelle église est consacrée en 1892. Endommagée pendant la Seconde Guerre mondiale, elle est restaurée et reste aujourd’hui un monument emblématique d’Avranches.
L’église Notre-Dame-des-Champs à Avranches, carte postale, 1915 (Geneanet)
Le marché à Avranches, carte postale, 1907 (Geneanet)
La place Littré à Avranches (Notre-Dame-des-Champs apparaît à l’arrière-plan, à droite), carte postale, 1921 (Geneanet)
Les anciennes fortifications d’Avranches, carte postale, vers 1910 (Geneanet)
Les parents de Bertrand, Guillaume Guérin et Françoise Le Hanneur, se marient le 24 octobre 1690 dans cette même paroisse. L’époux a 26 ans, tandis que l’épouse en a 24. Les grands-parents paternels de Bertrand sont André Guérin et Anne Gautier. Ses grands-parents maternels sont Jean Le Hanneur et Françoise Houlier.
Mariage de Guillaume Guérin et Françoise Le Hanneur en 1690 (Archives départementales de la Manche)
Après leur mariage, Guillaume et Françoise restent à Avranches, où ils ont cinq autres enfants : Françoise Jeanne (baptisée le 18 novembre 1691), Jean-Baptiste (baptisé le 24 juin 1694), Marie-Anne (baptisée le 20 novembre 1697), Geneviève (baptisée le 18 décembre 1702) et Guillaume (baptisé le 3 mars 1706).
Arrivée en Nouvelle-France
La signature de Bertrand en 1735 (Généalogie Québec)
On ignore les circonstances dans lesquelles Bertrand quitte la France, ainsi que la date de son arrivée en Nouvelle-France. Il apparaît pour la première fois dans les registres paroissiaux le 7 décembre 1735, alors qu’il est le parrain de Charles Amable Cusson, fils de Jacques Cusson et de Michelle Cholet, dans la paroisse de Saint-François-de-Sales, sur l’Île-Jésus [aujourd’hui Laval, au Québec].
Fils d’un marchand bourgeois, Bertrand est peut-être attiré par les possibilités commerciales qu’offre cette colonie en plein essor, notamment dans le commerce des fourrures ou d’autres activités marchandes. Il cherche peut-être également à acquérir une plus grande indépendance économique ou à saisir des occasions qui lui sont moins facilement accessibles en France. Quelles que soient ses motivations, sa présence en Nouvelle-France dès 1735 marque le début de l’histoire documentée de la famille Guérin dans la colonie.
Dans l’après-midi du 31 décembre 1737, Bertrand achète une terre située dans la partie nord de l’île Jésus d’Étienne Charles et de Marie Françoise Leclerc pour la somme de 145 livres. Il est décrit comme un marchand résidant sur l’île Jésus. La terre mesure un demi-arpent de front sur deux arpents de profondeur. Elle est bordée à l’avant par la rivière Jésus (aujourd’hui la rivière des Mille Îles), à l’arrière et d’un côté par la propriété de Julien Rochon, et de l’autre côté par celle de François Gibouleau.
La terre comprend une petite maison soutenue par des poteaux mis en terre, recouverte de planches et équipée d’un poêle en pierre, ainsi qu’une écurie. Bertrand s’engage à payer tous les cens et rentes futurs liés à la propriété. L’acte est signé en présence de Louis Filiatrault et d’Athanase Gravelle. Bertrand paie le prix d’achat dans son intégralité.
Marguerite Gariépy, fille de Pierre Gariépy et de Marie Huboux, naît le 25 juin 1714. Elle est baptisée le lendemain dans la paroisse de Saint-François-de-Sales, sur l’Île-Jésus. Son parrain est Charles Mathieu et sa marraine est Marguerite Goulet. Seule la marraine signe l’acte de baptême.
Baptême de Marguerite Gariépy en 1714 (Généalogie Québec)
Dans l’après-midi du 1er février 1739, le notaire Charles François Coron rédige le contrat de mariage entre Bertrand Guérin, âgé de 39 ans, et Marguerite Gariépy, âgée de 24 ans, dans son étude située sur l’Île-Jésus. Pierre Gariépy, décrit comme « notable habitant de Lachenaie », stipule au nom de sa fille Marguerite. Les témoins de Bertrand sont Antoine Parant, procureur fiscal, Toussaint Masta et Joseph Charbonneau. Le témoin de Marguerite est Alexis Gariépy, major de la milice.
Le contrat se conforme aux dispositions de la Coutume de Paris, le régime juridique régissant les biens matrimoniaux en Nouvelle-France. Chaque époux demeure responsable des dettes contractées avant le mariage. Marguerite a droit à un douaire préfix de 300 livres si Bertrand décède avant elle, tandis que le conjoint survivant a droit à un préciput de 150 livres provenant des biens mobiliers de la communauté avant son partage. Bertrand inclut la terre qu’il a achetée sur l’Île-Jésus dans leur future communauté de biens.
Le père de Marguerite s’engage à lui fournir une vache à lait, deux moutons, un cochon et un lit avec une courtepointe. Bertrand et plusieurs témoins signent le contrat, mais Marguerite déclare qu’elle ne sait ni écrire ni signer.
Bertrand et Marguerite se marient huit jours plus tard, le 9 février 1739, à Lachenaie. Leurs témoins sont Pierre et Alexis Gariépy, Noël Chapleau, Joseph Charbonneau et Toussaint Limoges. Bertrand et plusieurs témoins signent l’acte de mariage.
Mariage de Bertrand Guérin et Marguerite Gariépy en 1739 (Généalogie Québec)
Le couple a au moins quatre enfants :
Marie Marguerite (1739–1812)
Marie Françoise (1742–1804)
Bertrand (1743–1818)
Guillaume (1745–1747)
Variantes des prénoms de Bertrand
Bertrand Guérin apparaît sous plusieurs prénoms différents dans les registres paroissiaux. Baptisé Jean François en 1743, il est ensuite désigné sous le prénom de Pierre dans son acte de mariage de 1773 et lors du baptême de l’un de ses enfants en 1775. Il est également enregistré sous le nom de Jean François en 1773 et sous celui de Jean en 1784. Cependant, c’est le prénom Bertrand qui revient le plus souvent, notamment dans les registres de baptême de ses enfants à partir de 1776 et dans les actes de mariage de cinq de ses enfants entre 1799 et 1822. Son acte de mariage de 1773 est particulièrement atypique, car il contient également une erreur concernant l’identité de son père. Malgré ces divergences, les registres semblent concerner la même personne. Il apparaît sous le nom de Pierre Jean François Bertrand Guérin dans la base de données du PRDH.
Tous les enfants Guérin sont baptisés à Terrebonne, de l’autre côté de la rivière des Mille Îles, en face de l’Île-Jésus, où la famille réside probablement sur la terre de Bertrand.
« Carte de l’Isle de Montréal et de ses environs », créée par Jacques-Nicolas Bellin, 1744 (Bibliothèque et Archives nationales du Québec)
Illustration générée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, novembre 2026 (ChatGPT)
Le 26 juin 1743, Bertrand et son voisin Julien Rochon achètent une terre située au nord de l’Île-Jésus, appartenant à Michel Taillon et à Marie Madeleine Masson, pour 53 livres. Bertrand est décrit comme négociant, résidant sur l’Île-Jésus, tandis que Rochon est décrit comme un habitant.
La terre mesure deux arpents de front sur vingt arpents de profondeur. Elle est bordée, à l’avant, par la propriété de Jean Baptiste Ménard dit Bellerose, à l’arrière, par la côte Saint-François, d’un côté, par la propriété existante des acquéreurs, et de l’autre, par celle de Ménard. Bertrand reçoit un arpent de front jouxtant la propriété de Ménard, tandis que Rochon reçoit l’autre arpent, jouxtant leur propriété existante.
La propriété est soumise à une rente annuelle de deux sols par arpent de superficie et à deux sols de cens pour l’ensemble de la concession. Les acquéreurs versent la totalité du prix d’achat, et Bertrand ainsi que Rochon signent l’acte de vente.
Décès de Bertrand
Bertrand Guérin meurt à l’âge de 48 ans, « muni des sacrements ». Il est inhumé le 15 avril 1748 au cimetière paroissial de Terrebonne. [La date du décès n’apparaît pas sur l’acte de sépulture, tout comme la cause du décès.]
Sépulture de Bertrand Guérin en 1748 (Généalogie Québec)
Deuxièmes noces de Marguerite
Deux ans après le décès de son mari, le 7 octobre 1750, le notaire Coron rédige le contrat de mariage entre Joseph Hébert dit Lecompte, âgé de 24 ans, et Marguerite, âgée de 36 ans. Joseph est le fils de Guillaume Hébert dit Lecompte et de Marie Madeleine Laberge. Il est assisté de son cousin François Laberge, tandis que Marguerite est assistée de son père Pierre et de son ami Julien Rochon. Une fois encore, le contrat suit les dispositions de la Coutume de Paris. Chaque époux demeure responsable des dettes contractées avant le mariage. Marguerite s’engage à faire dresser un inventaire des biens appartenant à l’ancienne communauté matrimoniale qu’elle formait avec Bertrand.
Marguerite a droit à un douaire préfix de 300 livres si Joseph décède avant elle, tandis que le conjoint survivant a droit à un préciput de 200 livres provenant des biens mobiliers de la communauté avant son partage. Joseph s’engage également à nourrir, élever, entretenir et instruire dans la foi catholique les trois enfants mineurs de Marguerite, Marguerite, Françoise et Bertrand (désigné sous le nom de Jean François dans le contrat), jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge de 18 ans. Les témoins sont Jean Carrière, tisserand de Terrebonne, et Augustin Gaulin, forgeron de l’Île-Jésus. Joseph et plusieurs témoins signent le contrat, mais Marguerite déclare à nouveau qu’elle ne sait pas signer son nom.
Marguerite et Joseph se marient cinq jours plus tard, le 12 octobre 1750, dans la paroisse de Sainte-Rose, sur l’Île-Jésus.
Le couple s’installe d’abord à Lachenaie, puis sur l’Île-Jésus. Ils ont au moins trois filles : Marie Anne, Marie Hippolyte « Pauline » et Marie Rose. Les deux plus jeunes meurent moins d’un mois après leur naissance.
Transactions foncières
Le 10 juillet 1753, Joseph et Marguerite vendent à Toussaint Limoge, pour la somme de 250 livres, une sixième part et portion de terre située dans la seigneurie de Lachenaie. Marguerite hérite de cette part à la suite du décès de sa mère, Marie Huboux. La parcelle principale mesure un arpent et demi de front sur vingt arpents de profondeur et s’étend vers l’intérieur des terres à partir de la rivière Jésus. Elle est bordée d’un côté par la terre de François Beauchamp et de l’autre par celle de Pierre Gariépy. Le contrat est signé en présence d’Augustin Gaulin et d’Athanase Gravelle.
Trois jours plus tard, dans l’après-midi du 13 juillet 1753, Joseph et Marguerite achètent de Joachim Labelle une terre dans la seigneurie des Mille Îles pour la somme de 550 livres. Tous trois demeurent sur l’Île-Jésus. La propriété mesure quatre arpents de front sur vingt arpents de profondeur. Elle est bordée par la rivière Jésus à l’avant, par des terres non concédées à l’arrière, par la terre de Joseph Coron d’un côté et par celle de Noël Chapleau fils de l’autre. Joseph et Marguerite s’engagent à payer tous les cens et rentes qui seront dus aux seigneurs. François Guenet, huissier royal de Montréal, et Augustin Gaulin, forgeron de l’Île-Jésus, servent de témoins.
Le 21 avril 1756, Joachim Labelle reconnaît avoir reçu le solde de 350 livres, ce qui confirme que la propriété est entièrement payée.
L’inventaire
Entre ces deux transactions foncières, le 12 juillet 1753, le notaire Charles François Coron dresse l’inventaire des biens communs appartenant à Marguerite Gariépy et à son défunt mari, Bertrand Guérin. Les biens mobiliers, le bétail et les biens fonciers sont estimés par Joseph Brunet et Julien Rochon. Cet inventaire donne un aperçu de la situation matérielle de la famille en répertoriant aussi bien les ustensiles de cuisine et les meubles que les biens agricoles et les dettes.
Ustensiles et équipement de cuisine
Le foyer comprend un large assortiment d’ustensiles de cuisine, notamment une paire de petits chenets, deux crochets et un autre bout de fer, une poêle à frire, une cuillère à pot usée, un petit gril, une passoire en fer-blanc, un entonnoir, un couloir et un trépied. On y trouve également deux marmites, dont une avec un couvercle, trois chaudières (dont une en cuivre, percée), une poivrière et un baril à lard.
Un poêle en briques est décrit comme étant en mauvais état. L’inventaire mentionne également une porte, un cadre et un tuyau de trois feuilles, bien qu’une partie de la description soit illisible.
Vaisselle, articles de table et éclairage
La vaisselle de la famille comprend vingt et une livres de vieil étain, une salière d’étain, deux petites tasses, une écuelle d’étain couverte, cinq assiettes en faïence fêlées, neuf cuillères d’étain, six fourchettes en fer, un grand gobelet et un gobelet en fer-blanc usé. L’inventaire mentionne également huit flacons et deux bouteilles. Pour l’éclairage, le foyer possède deux chandeliers, dont un en fer-blanc, ainsi qu’un fanal et une lampe.
Mobilier et ameublement
Le mobilier comprend un vieux coffre muni d’une serrure, une armoire en pin munie d’une serrure, un buffet fermant à clef, un dressoir, un garde-manger, une huche usée, un miroir de taille moyenne, une table usée avec ses pliants et huit chaises usées en paille d’orme. La literie comprend un lit de grosse taille rempli de vieux cotonnier, une paillasse, une courtepointe de droguets du pays, une couverture de deux points, deux paires de draps (dont l’une est décrite comme vieille) et deux nappes usées.
Le foyer comprend également deux terrines usées et un pot, un demi-minot cerclé, deux petits paniers d’osier et un autre petit panier.
Entretien des vêtements, textiles et ustensiles ménagers
Parmi le matériel utilisé pour la production et l’entretien des textiles figurent un grand rouet à laine, une paire de cardes usées et une paire de fers à flasquer. Ces objets laissent supposer que le filage et l’entretien des vêtements font partie des activités domestiques du foyer.
Terrine datant de 1601 à 1800 (Musée McCord Stewart)
Fer à repasser datant de 1859 à 1900 (Musée McCord Stewart)
Parmi les autres outils et articles ménagers figurent une bêche, une hache usée, une paire de pentures, un tamis usé, une paire de brosses, plusieurs morceaux de ferraille, cinq poches décrites comme « presque hors de service », ainsi que deux barriques usées et deux demi-barriques.
Bétail
La famille possède un veau né au printemps précédent, trois petits cochons, une grande truie et deux vaches laitières. L’ensemble de ces animaux montre que l’élevage et la production laitière font partie de l’économie du foyer.
Terrains et immeubles
L’inventaire décrit deux propriétés sur l’Île-Jésus. La première est une terre d’un demi-arpent de front sur deux arpents de profondeur, délimitée à l’avant par la rivière Jésus, à l’arrière et d’un côté par la propriété de Jean-Baptiste Rochon, et de l’autre côté par celle de la veuve et des héritiers d’une personne dont le nom est illisible.
Une maison se trouve sur cette terre. Elle est construite avec des poteaux plantés en terre et recouverte de doubles planches. Elle possède une cheminée en pierre au milieu et mesure 32 pieds de long sur 15 pieds de large. Les experts remarquent également une petite étable « tombant en ruine ». La propriété, comprenant la maison et l’étable, est estimée à 300 livres.
La deuxième terre mesure un arpent de front sur vingt arpents de profondeur. Elle jouxte la terre de Michel Taillon à l’avant, la côte Saint-François à l’arrière, celle de Jean-Baptiste Ménard d’un côté et celle de Rochon de l’autre. La propriété est entièrement recouverte de bois de haute futaie et de fardoches. Elle est estimée à 100 livres.
Ces deux propriétés semblent correspondre aux terres acquises par Bertrand en 1737 et en 1743, respectivement.
Dettes actives et passives
L’inventaire répertorie également les sommes dues à la communauté de biens par différents débiteurs, appelées « dettes actives ». Parmi celles-ci figurent :
Michel Taillon: 47 livres, 5 sols
Antoine Masta: 11 livres, 9 sols
Louis Charles: 18 livres, 15 sols
Toussaint Masta Jr.: 34 livres
Joachim Labelle: 22 livres, 16 sols, 6 deniers
Ces sommes s’élèvent au total à 134 livres, 5 sols et 6 deniers.
L’inventaire fait également état d’une dette impayée à la charge de la communauté de biens (« dette passive »). Marguerite déclare que 56 livres, 18 sols et 3 deniers sont dus au sieur Le Guerrier.
Dans l’ensemble, l’inventaire révèle un foyer équipé pour les tâches ménagères, la production textile et l’agriculture à petite échelle, possédant du bétail et deux propriétés foncières, et entretenant des relations financières avec plusieurs habitants de la région.
Vente foncière
Le 15 octobre 1753, Marguerite se présente devant Jean-Baptiste Auger, juge prévôt de la juridiction de l’Île-Jésus, afin d’obtenir l’autorisation de vendre deux propriétés appartenant à l’ancienne communauté de biens qu’elle formait avec Bertrand Guérin. Il s’agit de la maison et de la terre situées sur l’Île-Jésus, ainsi que d’une terre boisée distincte, toutes deux décrites dans l’inventaire de juillet 1753. Marguerite et Joseph ont l’intention d’utiliser le produit de cette vente pour payer la terre qu’ils viennent d’acheter de Joachim Labelle dans la seigneurie des Mille Îles.
Les enfants mineurs de Bertrand ayant des droits successoraux sur ces biens, un conseil de famille est convoqué afin d’examiner le projet de vente. Parmi les personnes consultées figurent leur grand-père maternel, Pierre Gariépy, leur subrogé tuteur, Guillaume Le Guerrier, ainsi que plusieurs membres de la famille. Les personnes réunies recommandent à l’unanimité que les biens soient vendus par licitation (vente aux enchères publiques), le produit de la vente devant servir à financer l’achat auprès de Labelle. Le document atteste de leur accord sur la vente proposée, mais ne précise pas si la vente aux enchères a eu lieu ni, le cas échéant, à quelle date.
Décès de Joseph
Joseph Hébert dit Lecompte décède à l’âge de 31 ans, le 22 août 1757. Il est inhumé le lendemain au cimetière paroissial de Saint-François-de-Sales, sur l’Île-Jésus. [L’acte de sépulture ne mentionne pas la cause du décès, comme c’était l’usage à l’époque.]
Sépulture de Joseph Hébert dit Lecompte en 1757 (Généalogie Québec)
Le 14 février 1758, le notaire Coron dresse un inventaire des biens communs appartenant à Marguerite et à son défunt époux, Joseph Hébert dit Lecompte. Marguerite y est désignée comme veuve de Joseph et de Bertrand Guérin, ainsi que comme tutrice de ses trois enfants mineurs issus de son premier mariage. L’inventaire répertorie le mobilier, les ustensiles de cuisine, les outils et autres biens, ainsi que les dettes en cours et les sommes dues à la succession. Le document fait également référence à l’inventaire antérieur des biens communs de Marguerite et de Bertrand, dressé le 12 juillet 1753. Comme pour l’inventaire précédent, l’objectif est d’établir les biens et les obligations financières de la communauté matrimoniale tout en protégeant les droits successoraux des enfants.
Le 11 mars 1758, Marguerite apparaît pour la dernière fois dans les archives qui nous sont parvenues. À cette date, elle renonce officiellement à ses droits sur la communauté de biens qu’elle formait avec son défunt époux, Joseph Hébert dit Lecompte, conformément aux dispositions de leur contrat de mariage. En vertu de la Coutume de Paris, une veuve peut renoncer à la communauté de biens afin de se protéger de toute responsabilité à l’égard des dettes de celle-ci, mais elle renonce également à sa part des biens communs. L’inventaire dressé le mois précédent fait état d’importantes dettes impayées, ce qui laisse supposer que des considérations financières ont pu influencer la décision de Marguerite.
Décès de Marguerite
Marguerite Gariépy décède quelque temps après le 8 février 1773, date du mariage de son fils Bertrand. L’acte de mariage indique que son père est décédé, sans toutefois préciser que sa mère l’est également, ce qui laisse supposer que Marguerite est encore en vie à cette date. La date et le lieu exacts de son décès demeurent inconnus, aucun acte de sépulture n’ayant été retrouvé.
Une histoire racontée par les archives
L’histoire de Bertrand Guérin et de Marguerite Gariépy témoigne du parcours d’une famille en Nouvelle-France au XVIIIe siècle. Originaire d’Avranches, en Normandie, Bertrand s’établit sur l’île Jésus, où il exerce des activités marchandes, acquiert des terres et fonde une famille avec Marguerite. Sa mort prématurée, en 1748, laisse cette dernière veuve avec trois jeunes enfants.
Les nombreux actes notariés conservés permettent de suivre une partie de leur vie familiale et économique. Contrats de mariage, transactions foncières et inventaires après décès révèlent leurs possessions, leurs obligations financières et les dispositions prises pour protéger les intérêts des enfants mineurs. Ces documents offrent un aperçu précieux des réalités quotidiennes d’une famille de l’île Jésus au milieu du XVIIIe siècle.
Le parcours de Marguerite se poursuit après la mort de Bertrand, avec son remariage à Joseph Hébert dit Lecompte, puis un second veuvage. Les documents retrouvés témoignent des responsabilités familiales et des décisions financières auxquelles elle doit faire face. Si plusieurs aspects de sa vie demeurent inconnus, notamment la date et le lieu de son décès, les archives permettent néanmoins de reconstituer une partie importante de son histoire et de celle de sa famille.
Version PDF de la biographie qui se trouve à l'adresse suivante : https://www.tfcg.ca/bertrandguerin-et-margueritegariepy.
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Bibliographie :
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« 5 Mi 1798 > Avranches, Avranches, Notre-Dame-des-Champs > Baptêmes Mariages Sépultures 1690 – 1693 », images numérisées, Archives départementales de la Manche (https://www.archives-manche.fr/ark:57115/s005e657c6436426/5e657c64be227.fiche=arko_fiche_657723255f925.moteur=arko_default_635b873d1f4a7 : consulté le 29 oct. 2026), mariage de Guillaume Guerin et Françoise Le Hanneur, 24 oct. 1690, Avranches, image 22 sur 77. « Églises en Manche », Patrimoine religieux du département de la Manche (https://www.eglisesenmanche.com/les-communes-de-la-manche/a/avranches-eglise-notre-dame-des-champs/ : consulté le 29 oct. 2026).
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« Actes de notaire, 1734-1767 // Charles-François Coron », images numérisées, FamilySearch (https://www.familysearch.org/ark:/61903/3:1:3QHV-P3JH-JL4Y?cat=koha%3A481208&view=explore&lang=en&groupId=TH-7761-96557-17269-43 : consulté le 2 nov. 2026), contrat de mariage de Joseph Hébert dit Leconte et Marguerite Gariepy, 7 oct. 1750, images 141-144 sur 3207 ; citant les données originales : Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
« Actes de notaire, 1734-1767 // Charles-François Coron », images numérisées, FamilySearch (https://www.familysearch.org/ark:/61903/3:1:3QHV-L3JH-J93F-Q?cat=koha%3A481208&view=explore&lang=en&groupId=TH-7761-96557-17269-43 : consulté le 2 nov. 2026), vente d’une terre par Joseph Eberre Le Compte et Marguerite Gariepy à Toussaint Limoge, 10 juil. 1753, images 2930-2931 sur 3207 ; citant les données originales : Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
« Actes de notaire, 1734-1767 // Charles-François Coron », images numérisées, FamilySearch (https://www.familysearch.org/ark:/61903/3:1:3QHV-L3JH-JK83?cat=koha%3A481208&view=explore&lang=en&groupId=TH-7761-96557-17269-43 : consulté le 2 nov. 2026), achat d’une terre par Joseph Eberre Le Compte et Marguerite Gariepy de Joachim Labelle, 13 juil. 1753, images 2945-2947 sur 3207 ; citant les données originales : Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
« Actes de notaire, 1734-1767 // Charles-François Coron », images numérisées, FamilySearch (https://www.familysearch.org/ark:/61903/3:1:3QHV-L3JH-JRX3?cat=koha%3A481208&view=explore&lang=en&groupId=TH-7761-96557-17269-43 : consulté le 2 nov. 2026), assemblée de parents à la requête de Marguerite Gariepy et Joseph Eberre dit Lecompte,
15 oct. 1753, images 3023-3025 sur 3207 ; citant les données originales : Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
« Actes de notaire, 1734-1767 // Charles-François Coron », images numérisées, FamilySearch (https://www.familysearch.org/ark:/61903/3:1:3Q9M-C375-695Z-Y?cat=koha%3A481208&view=explore&lang=en&groupId=TH-909-86233-35708-55 : consulté le 2 nov. 2026), Inventaire de la communauté de biens de Marguerite Gariepy et de feu Joseph Eberre Lecomte, 14 févr. 1758, images 1194-1199 sur 3200 ; citant les données originales : Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
« Actes de notaire, 1734-1767 // Charles-François Coron », images numérisées, FamilySearch (https://www.familysearch.org/ark:/61903/3:1:3Q9M-C375-69DW-V?cat=koha%3A481208&view=explore&lang=en&groupId=TH-909-86233-35708-55 : consulté le 2 nov. 2026), renonciation par Marguerite Gariepy, 11 mars 1758, images 1320-1322 sur 3200 ; citant les données originales : Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
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Université de Montréal, base de données du Programme de recherche en démographie historique (PRDH) (https://www-prdh-igd-com.res.banq.qc.ca/Membership/en/PRDH/Famille/28195 : consulté le 2 nov. 2026), entrée du dictionnaire pour Joseph HEBERT LECOMPTE et Marie Marguerite GARIEPY, union 28195.
André Lachance, Vivre, aimer et mourir en Nouvelle-France; Juger et punir en Nouvelle-France: la vie quotidienne aux XVIIe et XVIIIe siècles (Montréal, Québec: Éditions Libre Expression, 2004), 38-40.