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Jacques Lévèque dit Sansoucy & Marguerite Laire

Découvrez l’histoire de Jacques Lévèque dit Sansoucy et de Marguerite Laire, un couple établi à Repentigny à la fin du XVIIe siècle. Soldat venu de France, Jacques s’installa en Nouvelle-France après son service militaire, tandis que Marguerite appartenait à une famille déjà bien implantée dans la région de Montréal. Leur parcours retrace la transition de la guerre à la vie rurale, l’établissement d’une famille nombreuse, l’acquisition de terres et les liens étroits qui unissaient les familles de la colonie.

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Jacques Lévèque dit Sansoucy & Marguerite Laire

De Saintonge à Repentigny

 

Jacques Lévèque (ou Lévesque) dit Sansoucy, fils de Louis Lévêque et d’Anne Gélinot, naît dans l’ancienne province de Saintonge, en France, probablement vers 1667.

Son année de naissance demeure incertaine. Seuls quatre documents canadiens indiquent son âge et son origine :

  • Le registre des patients de l’Hôtel-Dieu de Québec de 1690 le décrit comme âgé de 23 ans et originaire de Saintonge (né vers 1667).

  • Son contrat de mariage de 1698 le décrit comme originaire de Jarnac-sur-Charente, dans le diocèse de Xaintes [Saintes].

  • Son acte de mariage de 1698 l’identifie comme un homme de 27 ans originaire de la paroisse de Saint-Pierre, dans le diocèse de Xaintes [Saintes] (né vers 1671).

  • Son acte de sépulture de 1744 indique qu’il est âgé de 78 ans (né vers 1666).

Localisation de l’ancienne province de Saintonge en France, encadrée en rouge (Wikimedia Commons)


Un soldat en Nouvelle-France

Jacques se trouve en Nouvelle-France au plus tard en 1690, où il sert comme soldat dans les Troupes de la Marine, au sein de la compagnie de La Chassaigne (également orthographié Chassagne). L’année de son arrivée demeure incertaine, mais il apparaît pour la première fois dans les documents publics en 1690.

Il est impossible de retracer les déplacements individuels de Jacques, mais les activités de la compagnie de La Chassaigne donnent une idée du contexte militaire dans lequel il sert. Jean Bouillet de La Chassaigne obtient le commandement d’une compagnie franche de la Marine en service au Canada vers 1687. En 1690, il est commandant du fort Lachine.

Le 1er novembre 1690, Jacques est inscrit dans le registre des patients de l’Hôtel-Dieu de Québec, qu’il quitte après un séjour de cinq jours. Il y est décrit comme âgé de 23 ans et originaire de « Cherande, Ste onge ».

« Jacque levesque dit Cent sousy » dans le registre des patients de l’Hôtel-Dieu de 1690 (Ancestry)

À peine deux semaines auparavant, Québec subit le siège de Sir William Phips, du 16 au 24 octobre 1690, point culminant de la campagne menée cette année-là par le Massachusetts contre la Nouvelle-France. Dans les jours qui précèdent l’arrivée de la flotte anglaise, Frontenac descend de Montréal avec un renfort de 300 hommes afin de renforcer la défense de la ville. La compagnie de La Chassaigne est stationnée dans la région de Montréal, au fort Lachine, et des troupes de cette région font partie de celles qui sont convoquées à Québec. Dans son ouvrage consacré au siège, Ernest Myrand mentionne Jacques Lévèque dit Sanssoucy parmi les soldats blessés de la compagnie de La Chassaigne. Cette mention indique qu’il prend part à la défense de Québec et qu’il y est blessé, ce qui explique vraisemblablement son séjour à l’Hôtel-Dieu quelques jours plus tard.

« Le village palissadé de Lachine, 1689 », aquarelle de Walter Baker (Wikimedia Commons)

La Chassaigne mène une expédition contre les Iroquois au départ du fort Lachine durant l’hiver 1690–1691. Si Jacques est alors rétabli et de retour dans sa compagnie, il est possible qu’il y participe. La période de 1691 à 1696 est marquée par une guerre de faible intensité, mais soutenue, sur l’île de Montréal et dans ses environs. Des détachements iroquois mènent des raids répétés dans la région, notamment à Lachenaie en mai 1691, puis de nouveau en juillet 1692. La population locale ne représente alors plus qu’une fraction de ce qu’elle était avant 1689, et les survivants vivent sous une protection militaire constante. L’épisode militaire le plus connu de cette période est la bataille de La Prairie, en août 1691, qui oppose des forces françaises et canadiennes à un détachement anglais allié aux Iroquois. Une compagnie en garnison dans les secteurs de Lachine et de Montréal au cours de ces années est vraisemblablement appelée à participer régulièrement à ce type d’opérations de défense locale et de poursuite.

La plus importante offensive française de la guerre du roi Guillaume (1689–1697), volet nord-américain de la guerre de la Ligue d’Augsbourg, a lieu durant l’été 1696. Le gouverneur général Louis de Buade de Frontenac dirige personnellement une vaste expédition composée de troupes régulières, de miliciens et de guerriers alliés contre les villages des Onontagués et des Onneiouts, au sud du lac Ontario. Compte tenu de l’ampleur de cette mobilisation, qui fait largement appel aux compagnies régulières de la colonie, il est plausible que la compagnie de Jacques fournisse des hommes et qu’il participe lui-même à cette expédition.

Le traité de Ryswick, conclu en septembre 1697, met fin à la guerre du roi Guillaume entre la France et l’Angleterre. Les hostilités avec les Iroquois se poursuivent toutefois jusqu’à la Grande Paix de Montréal, conclue en 1701.

« La paix de Montréal », tableau de Jean-Baptiste Lagacé (Bibliothèque et Archives nationales du Québec)


Marguerite Laire, fille d’Étienne Laire et de Marie Loiron, est baptisée le 13 février 1678 à la mission du Saint-Enfant-Jésus, à Pointe-aux-Trembles, au Canada, en Nouvelle-France (alors colonie française). Son père est un « habitant de la côte Saint-Jean ». Son parrain est Nicolas Desroche [Desroches] et sa marraine, Marguerite Celle [Decelles].

Elle grandit à Pointe-aux-Trembles aux côtés de neuf frères et sœurs, dont un frère meurt en bas âge. Le nom de famille apparaît sous diverses formes phonétiques : Lert, Lairt, Ler, Lair, etc.


Mariage et enfants

Le 3 décembre 1698, le notaire Antoine Adhémar de Saint-Martin rédige un contrat de mariage entre Marguerite et Jacques Lévèque (ou Lévesque) dit Sansoucy, conformément aux dispositions de la Coutume de Paris. Le douaire préfix est établi à 400 livres et le préciput à 200 livres.

 

La Coutume de Paris régissait la transmission des biens familiaux en Nouvelle-France. Qu’un couple ait ou non conclu un contrat de mariage, il était soumis au régime de la « communauté de biens », selon lequel les biens acquis pendant le mariage faisaient partie de la communauté. Au décès des parents, les biens de la communauté étaient partagés à parts égales entre tous les enfants, fils et filles. Si l’un des conjoints décédait, le conjoint survivant conservait la moitié des biens de la communauté, tandis que l’autre moitié était partagée entre les enfants. Au décès du conjoint survivant, sa part était à son tour répartie à parts égales entre les enfants. Des inventaires étaient dressés après un décès afin de répertorier les biens de la communauté.

Le douaire désignait la portion de biens réservée à l’épouse dans l’éventualité où elle survivrait à son mari. Le préciput, sous le régime de la communauté de biens, était un avantage prévu au contrat de mariage, généralement en faveur du conjoint survivant, lui permettant de prélever une somme d’argent ou un bien déterminé sur la communauté avant le partage du reste.


Jacques et plusieurs témoins peuvent signer le contrat de mariage, mais Marguerite ne peut pas le signer.

La signature de Jacques et la marque de Marguerite sur le contrat de mariage de 1698 (FamilySearch)

Le couple se marie le lendemain, le 4 décembre 1698, à l’église paroissiale de Notre-Dame, à Montréal. Le marié est décrit comme un soldat de 27 ans dans la compagnie de M. de La Chassaigne, originaire de la paroisse de Saint-Pierre, dans le diocèse de Xaintes. La mariée, âgée de 20 ans, réside à Montréal. Leurs témoins sont Jean Ferré (demi-frère de Jacques et beau-frère de Marguerite), l’habitant Jean Tessier, Pierre Desautels (oncle de Marguerite), Pierre et Gilbert Desautels (ses cousins), « et de plusieurs autres parents et amis ». Le couple obtient une dispense des trois bans de mariage, ainsi qu’une dispense pour se marier durant l’avent.

Jacques et Marguerite s’installent à Repentigny, où ils ont au moins 13 enfants. Six d’entre eux ne survivent pas jusqu’à l’âge adulte :

  1. Jacques Louis (1699–1700)

  2. Marie Josèphe (1701–1784)

  3. Jacques (1702–1727)

  4. Pierre (1704–1706)

  5. Marie Marguerite (1706–1758)

  6. Marie Barbe (1708–1729)

  7. Nicolas (1709–1766)

  8. Anne (1711–1714)

  9. Charles (1713–1713)

  10. Jean Baptiste (1715–1715)

  11. Marie Charlotte (1717–1778)

  12. Michel (1720–1797)

  13. Marie Louise (1723–1723)


Transactions foncières et juridiques

Près de sept mois après leur mariage, le 28 juin 1699, Jacques et Marguerite concluent une série d’actes étroitement liés devant le notaire Antoine Adhémar. Tout d’abord, Jacques procède à un échange de terres avec Jean Lescarbeau. Il reçoit une terre de 60 arpents à Repentigny, mesurant trois arpents de front sur vingt de profondeur et ayant front sur le fleuve Saint-Laurent. L’acte fait mention du foin qui pousse alors sur la propriété, ce qui laisse supposer qu’au moins une partie de la terre est déjà exploitée à des fins agricoles. En contrepartie, Jacques cède une terre de 80 arpents, mesurant quatre arpents de front sur vingt de profondeur et ayant front sur la rivière de l’Assomption. Cette dernière propriété semble provenir d’un billet de concession délivré à Jacques par le seigneur de Repentigny en 1698. Jacques doit également verser 120 livres à Lescarbeau dans le cadre de l’échange.

Dans l’acte suivant, Jacques et Marguerite vendent les droits de Marguerite dans la succession de sa défunte mère, Marie Loiron, à sa sœur Catherine Laire et au mari de celle-ci, Jean Ferré dit Lachapelle, demi-frère de Jacques, pour la somme de 285 livres. La transaction se déroule donc entre deux couples étroitement liés : les deux femmes sont sœurs, tandis que les deux hommes sont demi-frères. Les modalités de paiement lient directement cette transaction à l’échange foncier précédent : 120 livres du prix de vente sont versées à Lescarbeau pour le compte de Jacques, acquittant ainsi la somme que celui-ci lui doit en vertu de l’échange.

Enfin, le seigneur de Repentigny délivre à Jacques et à son demi-frère Jean Ferré un billet de concession provisoire pour de nouvelles terres ayant front sur la rivière de l’Assomption. Chacun reçoit une concession mesurant quatre arpents de front sur vingt de profondeur. Le billet décrit les deux terres comme totalisant huit arpents de front, ce qui indique qu’elles sont contiguës. Des contrats de concession en bonne et due forme doivent suivre, les terres demeurant assujetties aux redevances seigneuriales d’usage.

Détail tiré de l’ouvrage « De la Grande Rivière de Canada appellée par les Européens de St. Laurens », de Jean Deshayes et Nicolas de Fer, publié en 1715. Repentigny y figure sous le nom de « d’Arpentigny », près de l’embouchure de la rivière de l’Assomption ; son emplacement est indiqué en rouge. (Bibliothèque et Archives nationales du Québec)


Dette, litige et règlement final

Dans l’après-midi du 1er octobre 1704, Jacques se présente devant le notaire montréalais Pierre Raimbault et reconnaît devoir au marchand Charles de Couagne la somme de 194 livres, 15 sols et 4 deniers, en « monaye de ce pays », pour des marchandises fournies antérieurement. Jacques agit à la fois en son nom propre et au nom de Marguerite ; il promet que celle-ci ratifiera l’obligation et s’y engagera conjointement avec lui. La dette doit être réglée au domicile de Charles de Couagne, à Montréal, au plus tard le 6 septembre 1705. À défaut de paiement, des frais, dommages et intérêts pourront s’ajouter. Jacques signe lui-même l’acte.

Après le décès de Charles de Couagne en 1706, sa veuve, Marie Godé (ou Gaudet), poursuit Jacques et Marguerite pour le recouvrement de la dette impayée. Le 23 avril 1707, agissant à la fois en son nom propre et comme tutrice de ses enfants, Marie Godé obtient un jugement contre le couple devant la Juridiction royale de Montréal. Le jugement renvoie à leur obligation de 1704, d’un montant de 194 livres, 15 sols et 4 deniers, et ordonne à Jacques et Marguerite de s’acquitter de la dette, ainsi que des intérêts et des frais. Le jugement leur est ensuite signifié à leur domicile de Repentigny, où l’huissier trouve Marguerite.

L’année suivante, la dette demeure non réglée. Marie Godé cède ses droits sur la créance à Raymond Martel, seigneur de Lachenaie, et des procédures d’exécution ultérieures font état d’un solde d’environ 184 livres. Cette cession est probablement liée aux dettes laissées par feu Charles de Couagne envers Martel, qui obtient lui-même un jugement contre de Couagne en 1706. L’huissier Nicolas Senet dit Laliberté participe à la signification ou à l’exécution du jugement, et les documents conservés indiquent que les procédures se poursuivent au moins jusqu’au 24 mai 1708.

Le 3 août 1710, Jacques et Marguerite concluent un acte de cautionnement relatif à une dette de 184 livres. Joseph Guyon dit Desprez, boucher à Montréal, se porte caution pour eux envers Jacques Barbel, notaire royal à Québec et représentant des créanciers de feu Raymond Martel. Ce montant correspond au solde de la dette initialement due par Jacques et Marguerite à Charles de Couagne, après la cession de la créance à Martel par sa veuve.  

En garantie du cautionnement de Desprez, Jacques et Marguerite affectent tous leurs biens présents et futurs et désignent expressément deux bœufs de labour âgés de huit ans — l’un au poil rouge, l’autre au poil noir — ainsi qu’une vache de sept ans au poil rouge. Ils s’engagent à remettre à Desprez les 184 livres au plus tard en juillet 1711, avant que la dette envers Barbel ne devienne exigible le mois suivant. Une annotation ultérieure portée sur l’acte indique que les 184 livres sont finalement reçues par l’entremise de Desprez au profit des créanciers de Martel et que Jacques et les autres débiteurs sont libérés de leur obligation, apparemment le 5 juillet 1713.

Plus de trois ans plus tard, dans l’après-midi du 15 janvier 1714, Jacques conclut un bail à ferme de trois ans avec Pierre Derivon de Budemont, lieutenant des Troupes de la Marine, et son épouse, Marie Godé, veuve de Charles de Couagne. Marie Godé agit à la fois en son nom propre et comme tutrice de ses enfants mineurs issus de son mariage avec de Couagne. Le bail porte sur une propriété de Repentigny ayant auparavant appartenu au demi-frère de Jacques, Jean Ferré dit Lachapelle. Elle mesure trois arpents de front sur vingt de profondeur, mais seulement environ sept arpents sont alors cultivés. La ferme comprend une maison et une grange. Jacques doit entretenir la propriété, acquitter les cens et rentes et livrer chaque année quinze minots de blé à titre de loyer.

Dans l’après-midi du 3 juillet 1725, Jacques et Marguerite vendent à leur fils Jacques une « continuation » d’une concession située à Repentigny. La terre mesure trois arpents de large et s’étend approximativement du milieu de la grande concession jusqu’à la rivière de l’Assomption, sur laquelle elle a front. Elle est délimitée de part et d’autre par les terres de Louis Gautié [Gauthier] et de Charles Miheux [Maheu]. Jacques détient cette propriété en vertu d’un contrat de concession conclu avec le seigneur de Repentigny le 16 novembre 1718. Elle est assujettie à une rente seigneuriale annuelle de trois livres en espèces et de trois chapons, ainsi qu’à trois sols de cens par tranche de soixante arpents de superficie, le tout payable le 11 novembre. Jacques et Marguerite se réservent, leur vie durant, le droit de prendre sur la propriété tout le bois de chauffage dont ils ont besoin. Le prix de vente s’élève à 150 livres, payable après le décès des deux parents aux autres enfants du couple, cohéritiers de Jacques.

 

Pourquoi des chapons ?

Illustration générée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, août 2026 (ChatGPT)

Un chapon était un coq castré, puis engraissé pour la consommation. La castration rendait l’oiseau moins actif, ce qui favorisait l’accumulation de graisse et permettait à sa chair de demeurer tendre plus longtemps que celle d’un coq adulte ordinaire. Les chapons étaient ainsi particulièrement appréciés pour la qualité de leur chair.

En Nouvelle-France, les chapons devinrent une forme courante de paiement en nature des rentes seigneuriales, souvent fixée à raison d’un chapon gras par arpent de front. L’oiseau avait un équivalent monétaire reconnu, souvent 20 sols, de sorte que l’obligation pouvait parfois être acquittée en espèces. Le blé pouvait également être accepté en remplacement. Le chapon servait donc à la fois de denrée alimentaire et d’unité de valeur pratique et relativement standardisée dans une économie où les obligations annuelles n’étaient pas toujours payées entièrement en espèces.

Le calendrier s’y prêtait également bien. Les cens et rentes seigneuriales étaient souvent exigibles le jour de la Saint-Martin, le 11 novembre, après la saison agricole. La castration des coqs se pratiquait vers la fin de l’été, ce qui laissait le temps de les engraisser avant l’échéance des redevances d’automne.


Malheureusement, Jacques fils décède le 2 octobre 1727, deux ans seulement après avoir reçu cette terre de ses parents et moins de trois mois après son mariage avec Marie-Josèphe Masson. Il n’a que 25 ans ; aucune cause de décès n’est mentionnée dans l’acte de sépulture. 

L’année suivante, Jacques apparaît dans un autre rôle au sein de la famille élargie. En avril 1728, il est désigné, dans une affaire judiciaire à Montréal, comme tuteur de Marie Ferré, fille de Jean Ferré et de Catherine Laire. Marie est ainsi liée au couple des deux côtés de la famille : son père est le demi-frère de Jacques, tandis que sa mère est la sœur de Marguerite. L’affaire porte sur la gestion des biens de Marie par Jacques en sa qualité de tuteur.

Le 11 juillet 1732, Marie-Josèphe Masson et son deuxième époux, Charles Renaud dit Deslauriers, rétrocèdent la propriété de Repentigny à Jacques et Marguerite. L’acte précise que le prix de 150 livres convenu pour la terre acquise par feu Jacques fils en 1725 n’a jamais été payé. Marie-Josèphe et Charles se déclarent incapables de l’acquitter, de même que les autres obligations liées à la propriété. Jacques et Marguerite acceptent la rétrocession et prennent à leur charge les redevances seigneuriales impayées, dont 30 livres d’arriérés.  

Le jour même, Jacques et Marguerite vendent la terre à leur fils Nicolas pour 150 livres, somme qu’il doit verser à ses parents au fur et à mesure de leurs besoins.

La dernière transaction notariée connue de Jacques a lieu le 25 juin 1740. Lui et Marguerite reconnaissent devoir encore à leur gendre, Pierre Labbé dit Chevalier, 60 livres promises à leur fille Marie Charlotte Lévesque dans le cadre de son contrat de mariage de 1737, à titre d’avance sur son héritage futur.


Décès de Jacques

Jacques Lévèque dit Sansoucy meurt vers l’âge de 77 ans. Il est inhumé le 13 septembre 1744 dans le cimetière paroissial de Repentigny. Son acte de sépulture ne précise pas la date de son décès.

L’acte de sépulture indique :

« Le traizieme Jour du mois de Septembre de Lannée mil Sept Cents quarente et quatre a été inhumé dans Le Cimetière de Cette paroisse Jacque LEveque agé de Soixante et dix huit ans, mort en La foy et communion de LEglise, apres avoir recu Les Sacrements de Penitence et d’extreme onction. Les temoins de LInhumation ont été Jean Magneron, françois Magneron et Maurice Marchand, qui ont declaré ne Scavoir Signé de ce enquis. »

Sépulture de Jacques Levesque dit Sansoucy en 1744 (FamilySearch)


Les dernières années de Marguerite

Marguerite survit 23 ans à son mari. Elle n’apparaît plus que deux fois dans les documents publics conservés avant son décès.

Le 5 mars 1745, elle vend à son fils Nicolas la moitié d’une terre située à Repentigny pour la somme de 900 livres. Celle-ci mesure un arpent de front sur 24 arpents de profondeur ; elle a front sur la rivière de l’Assomption et s’étend jusqu’au fleuve Saint-Laurent à l’arrière. Elle est bordée de part et d’autre par les terres de Louis Gautier [Gauthier] et des héritiers de Charles Maheu.

Marguerite, étant « d’un âge très avancé et hors d’état de travailler, voudrait s’assurer d’une Rente Certaine pour Subvenir à Sa nourriture Et Entretènement Le Reste de Ses Jours. Elle a cherché tous Les moyens Les plus Convenables a Cet Effet Et n’en ayant point trouvé or meilleur que de mettre Et laisser Ladite Somme de neuf Cent Livres Entre Les mains dudit Nicolas Levesque. Elle Luy Aurait Declaré son Intention qui est que Ladite Somme Luy demeurerait Entre Les mains Comme Deniers Comptant Reçu d’Elle a la Charge de la nourrir Et Entretenir tant En Santé qu’en maladie de la loger Chauffer Et Blanchir ».  

Si Marguerite juge que la vie chez Nicolas et son épouse ne lui convient pas, elle est libre de s’installer ailleurs. Dans ce cas, Nicolas s’engage à lui verser une rente annuelle et viagère de 100 livres. Il promet également de pourvoir à son enterrement et de faire dire 75 messes pour le repos de son âme. Marguerite, pour sa part, laisse à Nicolas, à son décès, l’ensemble du mobilier, des biens ménagers et des autres effets qui lui appartiennent alors.

Une décennie plus tard, le 16 novembre 1755, Marguerite se présente devant le notaire Jean-Baptiste Daguilhe, à L’Assomption, et donne à Nicolas une quittance pour les 900 livres découlant de leur entente de 1745. Elle reconnaît avoir reçu cette somme au moyen de paiements, de l’hébergement et d’autres prestations fournis par Nicolas. La quittance libère ainsi Nicolas de l’obligation relative au capital de 900 livres, mais réaffirme son obligation de continuer à subvenir aux besoins de sa mère jusqu’à la fin de sa vie.


Décès de Marguerite

Marguerite Laire meurt vers l’âge de 89 ans. Elle est inhumée le 29 octobre 1767 dans le cimetière paroissial de Repentigny. L’acte de sépulture la nomme par erreur « Leclaire » et lui attribue l’âge de 95 ans.

L’acte de sépulture indique :

« Le Vingt neuf d’octobre De L’année Mille Sept Cent Soixante Sept a été inhumé dans le cimetiere de cette Paroisse Par nous curé De Repentigny, paroisse de l’assomption marguerite leclaire Veufve Sans Soucy agé de quatre Vingt quinze ans furent Present à Son inhumation messire francois Dailleboust Delamagdelaine et pierre Morisseau qui a declare ne Sçavoir Signer de ce enquis Suivant l’ordonnance. »

Sépulture de Marguerite Laire en 1767 (FamilySearch)


Une famille enracinée à Repentigny

L’histoire de Jacques Lévèque dit Sansoucy et de Marguerite Laire s’inscrit dans les premières décennies de l’établissement français dans la vallée du Saint-Laurent. Jacques arrive de France dans un contexte de guerre et sert dans les Troupes de la Marine avant de s’établir à Repentigny. Marguerite, née dans la région de Montréal au sein d’une famille déjà implantée dans la colonie, apporte pour sa part des liens familiaux profondément ancrés en Nouvelle-France. Leur mariage unit ainsi deux parcours différents, mais désormais liés à une même terre et à une même communauté.

À Repentigny, leur vie se construit autour de la famille, de la terre et des obligations propres à la société seigneuriale. Ils élèvent treize enfants, traversent la perte de plusieurs d’entre eux, acquièrent et transmettent des terres, connaissent des difficultés financières et demeurent étroitement liés à leurs frères, sœurs, enfants et alliés. Jacques, ancien soldat devenu habitant, meurt après plus d’un demi-siècle passé en Nouvelle-France. Marguerite lui survit pendant 23 ans et organise soigneusement ses dernières années auprès de leur fils Nicolas. Ensemble, ils contribuent à établir à Repentigny une famille dont les descendants demeureront enracinés au Québec pendant plusieurs générations.

 
 


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Bibliographie :