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Falardeau-Bergevin FR

Découvrez l’histoire de Guillaume Falardeau et Marie Ambroise Bergevin, le couple ancestral à l’origine des familles Falardeau en Amérique du Nord. Suivez le parcours de Guillaume, de la Saintonge à la Nouvelle-France, où il sert comme soldat dans les Compagnies franches de la Marine, puis fonde sa famille avec Marie Ambroise à Beauport et à Charlesbourg. Appuyée sur les registres paroissiaux, les archives notariales et la recherche historique, cette biographie retrace les origines de la famille Falardeau au Canada et la vie en Nouvelle-France à la fin du XVIIe siècle et durant la première moitié du XVIIIe siècle.

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Guillaume Falardeau & Marie Ambroise Bergevin

Les origines de la famille Falardeau en Nouvelle-France

 

Guillaume Falardeau (ou Folardeau), fils de Pierre Folardeau et de Jeanne Cousteau, naît dans la paroisse de Saint-Sauveur à Bignay, en Saintonge, en France. Il grandit à Bignay aux côtés d’au moins trois frères et sœurs : Élie, Jeanne et Jean, ce dernier ayant lui aussi émigré au Canada. 

L’année de naissance estimée de Guillaume varie selon les documents historiques qui nous sont parvenus, dont seuls deux mentionnent son âge :

  • Vers 1656 (il avait 70 ans en 1726, d’après son acte d’inhumation)

  • Vers 1669 (il avait 25 ans en 1694, alors qu’il était hospitalisé à l’Hôtel-Dieu)

Située à environ 60 kilomètres au sud-est de la ville portuaire de La Rochelle, Bignay est une commune rurale du département actuel de la Charente-Maritime. Elle compte aujourd’hui environ 350 habitants, appelés les Bignaysiens.

 

Localisation de Bignay en France (Mapcarta)

 

L’église Saint-Sauveur de Bignay (photo de GO69, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

L’église Saint-Sauveur (également appelée église Sainte-Trinité) de Bignay, où la famille Folardeau pratique sa foi, fait à l’origine partie d’un prieuré du XIIe siècle appartenant à l’ordre de Sainte-Geneviève. Ses débuts sont mouvementés. Vers 1430, des brigands armés s’emparent de l’église et s’en servent comme base pour terroriser la campagne environnante, jusqu’à ce que les nobles et les villageois de la région assiègent l’édifice. Au cours de l’assaut, l’église est accidentellement détruite par un incendie. L’église actuelle est reconstruite peu après, vers 1434, bien que la façade ouest et le portail romans d’origine, datant du XIIe siècle, soient préservés. 

Les travaux se poursuivent au fil des siècles, notamment avec l’achèvement des voûtes au XVIIe siècle sous le patronage de la famille Chaumont. La flèche gothique, qui se distingue par sa fidélité aux principes de l’architecture gothique médiévale, est restaurée au XIXe siècle après avoir été frappée à plusieurs reprises par la foudre. L’église est classée monument historique depuis 1907 et conserve plusieurs éléments remarquables, notamment une cloche fondue en 1666, des fonts baptismaux du XVIe siècle et des autels historiques restaurés.


Un soldat des Compagnies franches de la Marine

Avant son arrivée en Nouvelle-France, Guillaume s’enrôle, ou est recruté, comme soldat dans la Compagnie Saint-Jean des Compagnies franches de la Marine. Pour un jeune homme originaire de Bignay, le service militaire offre sans doute des possibilités difficiles à trouver dans la Saintonge rurale, particulièrement pour les fils cadets dont les perspectives d’hériter de terres sont limitées. Le service dans les troupes coloniales assure un salaire régulier, de la nourriture, des vêtements et la possibilité de se bâtir une nouvelle vie au Canada à l’issue de son engagement.

La proximité de la région avec les grands ports atlantiques, notamment La Rochelle et Rochefort, expose également les habitants aux campagnes de recrutement colonial et aux récits de la Nouvelle-France, ce qui rend l’enrôlement plus accessible et plus familier. Malheureusement, on sait très peu de choses sur la Compagnie Saint-Jean elle-même ou sur les activités précises de Guillaume comme soldat, bien qu’il semble arriver en Nouvelle-France vers 1687.

Drapeau des Compagnies franches de la Marine (Wikimedia Commons)


Établissement à Beauport

Le 9 décembre 1693, Guillaume obtient sa première concession foncière en Nouvelle-France. Devant le notaire Jean-Robert Duprac à Beauport, le seigneur Joseph Giffard lui accorde une terre mesurant trois arpents de front sur 25 arpents de profondeur dans le village de Saint-Ignace de Beauport. Sa terre est voisine de celles de René Siret dit Lafleur et de Georges Dumast.

Guillaume s’engage à verser chaque année, le jour de la Saint-Martin, le 11 novembre, une rente seigneuriale de 20 sols et un cens d’un sol par arpent de front, ainsi que trois chapons vifs pour l’ensemble de la concession. Il s’engage également à faire moudre son grain au moulin seigneurial.


Marie Ambroise Bergevin

Marie Ambroise Bergevin, fille de Jean Bergevin dit Langevin et de Marie Anne Piton, est baptisée le 8 mai 1676 au « bourg-royal » (Charlesbourg). Son parrain est Étienne Proteau et sa marraine, Ambroise Doigt. [La date de naissance n’apparaît pas sur l’acte de baptême, qui figure dans le registre de la paroisse Notre-Dame de Québec.]

Dans les documents historiques, le nom de famille de Marie Ambroise apparaît sous diverses formes, notamment Brechevin, Brenevin, Bergemin et Bergemint.   

Baptême de Marie Ambroise « Brenevin » en 1676 (Généalogie Québec)

Ambroise a dix frères et sœurs, mais trois d’entre eux meurent en bas âge. La famille Bergevin vit d’abord à Québec avant de s’établir au Bourg-Royal, puis dans le village de Saint-Michel, à Beauport.  

Le recensement de 1681 indique que la famille vit juste à l’extérieur du Bourg-Royal. Elle possède sept arpents de terre « en valeur » (défrichée ou cultivée), un fusil et aucun animal.

Recensement de 1681 en Nouvelle-France concernant la famille « Berianin » (Bibliothèque et Archives Canada)


Mariage et enfants

Le 13 janvier 1694, le notaire Louis Chambalon rédige un contrat de mariage entre Guillaume « Follardeau » et Marie Ambroise Bergevin. L’époux est identifié comme un soldat de la Compagnie Saint-Jean résidant à Québec et fils d’un laboureur. L’épouse est âgée de 17 ans ; ses parents sont présents et stipulent en son nom, puisqu’elle est encore mineure. Leurs témoins sont le potier d’étain Sébastien Hervé, le maître-couvreur d’ardoise Pierre Gatien, le menuisier Joseph Vandandaigue, le maître tailleur Claude Phillipeau et le couvreur Charles Normand. Les témoins officiels sont l’arquebusier Jean Soulard et Charles Hazeur.    

« En contemplation dudit futur mariage », les parents d’Ambroise s’engagent à donner au couple une terre de trois arpents de front située dans le village de Saint-Ignace, à Beauport. Ils promettent également de fournir deux minots de semences de blé provenant des terres des Bergevin, un trousseau pour Ambroise, de loger et nourrir le couple pendant un an, ainsi que de l’aider à construire une habitation sur sa terre. Dans un délai de deux ans, les Bergevin promettent également au couple un taure d’un an, deux petits cochons, six poules, ainsi que des ustensiles de cuisine et divers articles ménagers. Le reste du contrat suit les dispositions de la Coutume de Paris. Le douaire préfix est établi à 500 livres.

 

La Coutume de Paris régit la transmission des biens familiaux en Nouvelle-France. Qu’il y ait ou non un contrat de mariage, les époux sont soumis à la « communauté de biens », ce qui signifie que tous les biens acquis pendant le mariage font partie de la communauté. Au décès des parents, les biens de la communauté sont partagés à parts égales entre tous les enfants, qu’ils soient fils ou filles. Si l’un des conjoints décède, le conjoint survivant conserve la moitié des biens de la communauté, tandis que l’autre moitié est partagée entre les enfants. Au décès du conjoint survivant, sa part est également répartie à parts égales entre les enfants. Des inventaires sont dressés après un décès afin de répertorier les biens de la communauté. Le douaire désigne la part des biens réservée par le mari à sa femme dans l’éventualité où elle lui survit.


Le couple se marie le 25 janvier 1694 dans la paroisse de la Nativité-de-Notre-Dame à Beauport. Jean, le frère de Guillaume, sert de témoin, tout comme Jean, le père de Marie Ambroise, ainsi que Pierre Conil [Conille] et le notaire Nicolas Metru. Seul Metru peut signer l’acte de mariage.

Guillaume et Marie Ambroise ont au moins neuf enfants :

  1. Jean Baptiste (1694–1762)

  2. Guillaume (1696–1740)

  3. René (1698–1756)

  4. Louis (1704–1756)

  5. Marie Françoise (1707–1789)

  6. Charles (1709–?)

  7. Marie Marguerite (1712–1760)

  8. Marie Françoise (1715–1776)

  9. François (1719–1754)

Quelques mois seulement après son mariage, Guillaume est hospitalisé à l’Hôtel-Dieu de Québec pendant trois jours, du 17 au 20 mars. Il est enregistré comme étant âgé de 25 ans et originaire de la Saintonge. Le registre de l’hôpital ne mentionne pas la raison de son hospitalisation.

Registre des patients de 1694 à l’Hôtel-Dieu (Ancestry)

Guillaume et Ambroise vivent dans le village de Saint-Michel, à Beauport, depuis leur mariage. Le 19 décembre 1699, Guillaume reçoit une autre concession foncière de la Compagnie de Jésus (les jésuites), « pour habiter En la Seconde Route Saicnt Claude Seigneurie de nostre dame des anges, laquelle consiste En deux arpents de terre de front ». Il s’engage à payer chaque année, le jour de la Saint-Martin, un sol par arpent de superficie en rente seigneuriale, deux chapons vifs et un sol en cens. Guillaume s’engage également à défricher et à mettre la terre en valeur.

On ignore si Guillaume ou sa famille ont déjà travaillé ou habité sur cette terre. Étant donné l’absence d’enfants entre 1698 et 1704, il est possible que Guillaume quitte temporairement le foyer familial pour exploiter sa nouvelle concession à Notre-Dame-des-Anges, située à environ cinq kilomètres à l’ouest de Beauport.  

Illustration générée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, mai 2026 (ChatGPT)

D’après les actes de baptême de leurs enfants à Charlesbourg, la famille Falardeau vit dans le quartier du Bourg-Royal à Charlesbourg en 1704, puis dans le quartier Saint-Antoine de Charlesbourg de 1707 jusqu’en 1715 au moins. Guillaume redonne sa concession de Beauport au seigneur Ignace Juchereau le 7 mars 1712.

Le 10 avril 1714, Guillaume reçoit une concession sur la « route Sainct Anthoine », dans la côte et la seigneurie de Saint-Gabriel (dont fait partie le quartier Saint-Antoine). Guillaume est alors résident de Saint-Antoine. La terre mesure six arpents de front sur vingt arpents de profondeur. Il s’engage à payer une rente annuelle de six livres, plus trois sols de cens et quatre « bons chappons vifs », le jour de la Saint-Martin.

Selon l’acte de concession, Guillaume occupe et défriche déjà cette terre depuis plusieurs années. Le contrat officialise un accord verbal conclu auparavant.


Décès de Guillaume

Guillaume Falardeau (ou Folardeau) décède « subitement » le 30 novembre 1726. Il est inhumé le lendemain au cimetière paroissial de Saint-Charles-Borromée, à Charlesbourg.

Sépulture de Guillaume « Fourlardeau » en 1726 (Généalogie Québec)


Les dernières années de Marie Ambroise

Dans l’après-midi du 16 mai 1733, Ambroise donne à son fils Charles ses biens mobiliers et immobiliers situés dans le village de Saint-Antoine. Son défunt mari est décrit comme un habitant du « Petit-Saint-Antoine », dans la seigneurie de Saint-Gabriel. Les terres données à Saint-Antoine bordent celles de son frère François Bergevin, celles des héritiers de François, celles de Jean Allard et une terre non concédée, et comprennent une maison et une grange.

En contrepartie, Charles accepte de payer les futurs cens et rentes liés à la propriété et de subvenir aux besoins de sa mère en matière de logement, de chauffage, de nourriture, de soins et de médicaments. Ambroise demande également à Charles de lui fournir chaque année certains articles, notamment une paire de souliers, une paire de bas, trois chemises, une jupe, un corset et un mouchoir de coton.

À sa mort, Ambroise demande que vingt messes soient célébrées pour le repos de son âme. Elle demande également que dix messes soient célébrées chaque année pendant les deux années suivant son décès.

 

Les donations

En Nouvelle-France, les donations entre vifs (entre personnes vivantes) sont courantes. Lorsqu’une personne vieillit ou voit sa santé décliner, elle cède généralement ses biens à celui ou celle qui prendra soin d’elle, souvent un enfant. Ces donations, rédigées par un notaire, définissent précisément les droits et les obligations de chaque partie. Elles comprennent généralement une terre, une maison, une ferme et des animaux. En retour, l’enfant bénéficiaire doit souvent acquitter les dettes impayées et garantir à son parent un logement, de la nourriture, des vêtements et des soins jusqu’à son décès.


L’inventaire

Le 1er mars 1735, un inventaire des biens de la communauté appartenant à Ambroise et à son défunt mari est dressé par le notaire Noël Duprac à la demande de Guillaume Falardeau fils. Cet inventaire, d’une longueur de six pages, répertorie tous les biens de Guillaume et de Marie Ambroise. Bien que certains objets soient difficiles à identifier, la liste comprend les éléments suivants :

 

Cuisine et vaisselle

  • une marmite avec son couvercle

  • une chaudière de cuivre jaune

  • 15 livres d’étain

  • 10 assiettes de terre

  • un couloir avec une tasse de fer-blanc

  • une broche à frire

  • 12 terrines

  • trois cruches

  • une bouteille de verre

  • une tinette

  • six fourchettes

Outils et instruments de travail 

  • un fer à flasquer

  • un tamis

  • une hache

  • trois vieilles houes

  • trois vieilles faucilles

  • 26 livres de fil

Mobilier et rangement

  • une huche avec un quintin

  • un coffre de bois de pin sans serrure

Literie et linge de maison

  • un lit de plumes avec une paillasse, deux draps et deux couvertes, l’une de laine et l’autre de ville

  • deux draps

  • deux nappes de toile du pays

  • un lit avec une paillasse, deux couvertes, l’une de laine et l’autre de ville, avec sa couchette

  • trois vieilles poches

Bestiaux et équipement agricole

  • quatre cochons

  • un harnais à cheval

  • trois vaches

  • deux bœufs

  • 17 poules

Provisions et denrées 

  • un demi-minot de sel

    120 livres de lard

    blé et autres grains non prisés [le tout partagé entre les héritiers avant l’inventaire]

Terres

  • une concession de trois arpents de front sur vingt arpents de profondeur au village de Saint-Antoine, dont environ 25 arpents sont en « nature de labour », comprenant :

    • une maison en pièce-sur-pièce de 35 pieds de long sur 16 pieds de large, couverte de planches et munie d’une cheminée

    • un hangar de 30 pieds de long sur 20 pieds de large, couvert de paille

    • une étable en pièce-sur-pièce de 20 pieds de long sur 16 pieds de large, couverte de paille, avec un plancher de pieux

  • une concession au lieu-dit Antoine de trois arpents de front sur vingt arpents de profondeur

L’inventaire comprend également quelques dettes mineures ainsi que plusieurs documents importants : le contrat de mariage, les concessions de terre et les quittances de rentes seigneuriales.

Sur la base de cet inventaire, la veuve et les héritiers de Guillaume Falardeau se partagent les biens et les propriétés le 3 avril 1735 devant le notaire Noël Duprac.


Décès de Marie Ambroise

Marie Ambroise Bergevin décède à l’âge de 82 ans le 1er octobre 1758. Elle est inhumée le lendemain au cimetière paroissial de Saint-Charles-Borromée, à Charlesbourg.

Sépulture de Marie Ambroise Bergevin en 1758 (Généalogie Québec)


De la Saintonge à la Nouvelle-France

Lorsque Guillaume Falardeau arrive en Nouvelle-France à la fin du XVIIe siècle, rien ne laisse présager qu’il deviendra l’ancêtre d’une longue lignée familiale. Originaire de la Saintonge, il traverse l’Atlantique comme soldat avant de s’établir dans la région de Québec. Quelques années plus tard, il épouse Marie Ambroise Bergevin, une Canadienne née à Charlesbourg, issue d’une famille déjà bien enracinée dans la colonie. Ensemble, ils bâtissent leur vie à Beauport et à Charlesbourg. Ils obtiennent des concessions de terre, fondent une famille nombreuse et participent au développement des communautés rurales qui prennent forme autour de Québec. Au fil des générations, leurs descendants s’établissent dans différentes régions du Québec avant de poursuivre leur parcours ailleurs en Amérique du Nord.

Guillaume Falardeau et Marie Ambroise Bergevin sont le couple ancestral de tous les Falardeau du Canada et de l’Amérique du Nord. D’un petit village de Saintonge aux terres de Beauport et de Charlesbourg, leur parcours témoigne des réalités vécues par les premiers colons de la Nouvelle-France : la traversée de l’Atlantique, l’obtention d’une terre, le travail quotidien et la transmission d’un patrimoine familial aux générations suivantes. Plus de trois siècles après leur mariage, leur héritage se perpétue encore à travers les nombreuses familles qui descendent de leur lignée.

 
 


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Bibliographie :