Charles Giroux & Marguerite Bruneau
Découvrez l’histoire de Charles Giroux, cordonnier originaire de Mortagne, en France, qui s’établit à Québec à la fin du XVIIe siècle, et de son épouse Marguerite Bruneau, née en Nouvelle-France en 1681. Mariés en 1699, ils fondent une famille et acquièrent une modeste propriété sur la rue Saint-Nicolas, à Québec.
À travers les registres paroissiaux, les contrats notariés et un inventaire des biens dressé en 1714, cette biographie retrace leur parcours familial, leurs conditions de vie et les épreuves auxquelles ils font face. Elle offre également un aperçu fascinant du quotidien d’une famille modeste dans la capitale de la Nouvelle-France au début du XVIIIe siècle.
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Charles Giroux & Marguerite Bruneau
Un cordonnier du Perche et sa famille à Québec
Charles Giroux, fils de Pierre Giroux et de Magdelaine Delaunay, est originaire de la paroisse Saint-Jean de Mortagne, dans l’ancienne province du Perche, en France [l’actuel Mortagne-au-Perche, dans le département de l’Orne].
Située à environ 125 kilomètres au sud-ouest de Paris à vol d’oiseau, Mortagne-au-Perche est aujourd’hui classée comme bourg rural, avec une population d’environ 4 000 habitants, appelés Mortagnais.
Localisation de Mortagne-au-Perche en France (Mapcarta)
Carte postale, 1887 (Geneanet)
Carte postale, vers 1910 (Geneanet)
Carte postale, vers 1910 (Geneanet)
L’émigration percheronne : de la France aux côtes du Canada
Tourouvre et l’ancienne province du Perche sont profondément liés à l’histoire de l’émigration française vers le Canada au XVIIe siècle. La région devient un noyau important d’émigration. De nombreux émigrants originaires du Perche gagnent la Nouvelle-France en passant par le port de La Rochelle. Parmi les principaux acteurs de cette migration figurent Robert Giffard, seigneur et chirurgien, et les frères Juchereau, les marchands Jean et Noël, qui obtiennent de grandes concessions foncières au Canada. Ils recrutent des hommes capables de défricher les terres, de construire des maisons et des bâtiments, et de commencer leur exploitation agricole. Leur objectif principal est de faire venir au Canada le plus grand nombre possible de colons et de familles. La Compagnie des Cent-Associés finance en partie la migration de ces colons, dont Zacharie Cloutier, Jean Guyon, Noël Langlois et bien d’autres. Le Musée de l’émigration française au Canada, à Tourouvre-au-Perche, célèbre ces pionniers et leur histoire.
La date exacte de l’arrivée de Charles en Nouvelle-France est inconnue, mais il y est mentionné pour la première fois le 29 octobre 1698, en tant que témoin au mariage de Nicolas Foulon et Barbe Boyer à Québec. Il ne sait pas signer. Charles s’installe à Charlesbourg et travaille comme cordonnier.
« Plan de la ville de Québec capitale de la Nouvelle France », copié en 1720 par L.P. Vallerand d’après l’original de Robert de Villeneuve datant de septembre 1693 (Bibliothèque et Archives nationales du Québec)
Marguerite Bruneau, fille de René Bruneau dit Jolicoeur et de Marie Anne Petro, naît le 21 novembre 1681. Elle est baptisée quatre jours plus tard à Québec. Ses parents demeurent à la Petite-Auvergne, située au sud du Trait-Carré de Charlesbourg. Son parrain est Guillaume [Feri?] et sa marraine est Marguerite Boissel. Le père, le parrain et la marraine déclarent ne savoir signer. [Le nom de famille de la mère de Marguerite apparaît sous différentes graphies, notamment Petro, Poitreau et Proteau.]
Baptême de Marguerite Bruneau (Généalogie Québec)
Marguerite grandit à la Petite-Auvergne. Elle a neuf frères et sœurs, dont cinq sont morts en bas âge.
Mariage et enfants
En l’après-midi du 15 février 1699, le notaire François Genaple de Bellefonds dresse à Québec le contrat de mariage de Charles Giroux et Marguerite Bruneau. Charles est décrit comme cordonnier demeurant à Charlesbourg, fils du défunt « Pierre Girou et Magdelaine de Launay vivant blanchisseur de toile, demeurant en la ville de Mortagne pays du Perche ». Marguerite, âgée de 17 ans, est la « fille de Rene Bruneau et Anne Proteau, ses père et mère cy devant habitans en la Petite Auvergne, paroisse dudit Charlebourg ». Elle est assistée de son parrain, Guillaume [Fery ?].
Charles est assisté de Pierre Moreau de La Topine. Du côté de Marguerite figurent Guillaume [Fery ?], son parrain, ainsi que ses beaux-frères Jean Lamothe, époux d’Anne Bruneau, et François Duclos, époux de Jeanne Bruneau.
Guillaume promet à sa filleule « une vache mere a laict » à lui remettre à la Toussaint suivante. Charles constitue à sa future épouse un douaire préfix de 300 livres, et le préciput est fixé à 100 livres. Le contrat prévoit également que les dettes contractées avant le mariage demeureront à la charge de celui qui les a engagées. Si Marguerite devient veuve, elle pourra renoncer à la communauté de biens et reprendre les biens qui lui seront échus pendant le mariage par succession, donation ou autrement, ainsi que son douaire, son préciput et ses « hardes, habits et linge à son usage », sans être tenue aux dettes de la communauté. Les futurs époux déclarent ne savoir signer.
Charles et Marguerite se marient huit jours plus tard, le 23 février 1699, à Québec. Leurs témoins sont Pierre Moreau de La Topine, Jean Guillot et Jean Dubreuil.
Une ordonnance datée du 22 septembre 1772 corrige une erreur dans l’acte de mariage de Charles et Marguerite. À la demande de Jacques Laissard, agissant pour les héritiers de Charles, l’autorité ecclésiastique constate que la mère de Charles avait été inscrite sous le nom de « Delome » dans le registre de mariage, alors que son véritable nom était « Delaunay », comme l’indiquait notamment le contrat de mariage du 15 février 1699. Il est alors ordonné de remplacer « Delome » par « Delaunay » dans le registre et d’attacher l’ordonnance en marge de l’acte.
Mariage de Charles Giroux et Marguerite Bruneau (Généalogie Québec)
Le couple s’installe à Québec, où il a six enfants :
Marie Marguerite (1700–1774)
Jacques (1702–1703)
Marie Charlotte (1705–1737)
Jean Jacques (1707–1739)
Françoise (1710–1714)
Marie Thérèse (1714–1715)
En l’après-midi du 17 octobre 1704, Charles achète du maçon Jean du Mets [Dumais] une propriété située rue Saint-Nicolas, à Québec, pour la somme de 380 livres. Charles est alors qualifié de cordonnier demeurant à Québec. La vente comprend « un petit bâtiment ou fournil en forme de petite maison de pièces sur pièces de bois », mesurant douze pieds de largeur sur la rue Saint-Nicolas et quatorze pieds de profondeur, avec « un petit alongement » à l’arrière. Charles déclare bien connaître les lieux, les ayant « occupé et tenu à loyer depuis environ six ans ».
Le terrain mesure environ vingt-trois pieds de front sur la rue Saint-Nicolas, vingt-huit pieds de profondeur du côté du terrain de Jacques Huppé dit Lagroix et trente-quatre pieds du côté du terrain du sieur de Lajoue, architecte. Il se rétrécit à environ vingt pieds quatre pouces de largeur à l’arrière. La propriété est grevée d’une rente foncière annuelle et perpétuelle de dix livres envers les religieuses ursulines, payable le 9 mars. Dumais avait lui-même acquis l’emplacement de Jacques Huppé par contrat passé devant le même notaire le 19 avril 1698.
Charles Giroux, cordonnier à Québec au début du XVIIIe siècle. Reconstitution artistique générée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle (octobre 2026, ChatGPT).
Décès de Charles
Après l’achat de sa propriété en 1704, Charles apparaît peu dans les archives, hormis les actes paroissiaux concernant ses enfants. Il meurt le 20 mars 1714, « apres avoir receu les sacremens de l’église », et est inhumé le lendemain dans le cimetière paroissial de Québec.
Sépulture de Charles Giroux (Généalogie Québec)
Les décès rapprochés de Charles et de ses filles Françoise et Marie Thérèse surviennent pendant une importante épidémie de rougeole qui frappe la vallée du Saint-Laurent en 1714 et 1715, touchant particulièrement les nourrissons et les jeunes enfants. Bien que les actes de sépulture ne permettent pas d’établir la cause de leur décès, il est possible que l’épidémie ait contribué à cette succession de morts dans la famille.
Deuxième mariage de Marguerite
Marguerite épouse en secondes noces Hilaire Martin, fils de Pierre Martin dit Langoumois et Marie Madeleine Lemieux, le 2 ou 3 novembre 1714 à Québec. [La date du mariage est partiellement masquée par une tache d’encre. L’acte se trouve entre des baptêmes datés des 2 et 3 novembre.] Marguerite a 32 ans ; Hilaire en a 22. Il signe l’acte de mariage ; elle ne signe pas.
L’après-midi du 4 novembre 1714, le notaire Jean-Étienne Dubreuil rédige le contrat de mariage d’Hilaire et de Marguerite au domicile de cette dernière, rue Saint-Nicolas, à Québec. Marguerite est décrite comme la veuve de Charles Giroux, « maître cordonnier en cette ville ». Hilaire est assisté de son père, Pierre Martin, de son oncle Robert Fouchet, de son cousin Louis Pasquet et de Louis Guérin, maître tailleur d’habits. Du côté de Marguerite figurent son beau-frère Alexandre Derny, son neveu Pierre [nom illisible], ses sœurs Anne et Jeanne, ainsi que sa fille Marguerite.
Le contrat prévoit que chacun des futurs époux demeurera responsable des dettes contractées avant le mariage. Marguerite s’engage également à faire dresser un inventaire des biens de la communauté qu’elle formait avec son premier mari, Charles Giroux.
Hilaire constitue à sa future épouse un douaire coutumier ou préfix de 300 livres, au choix de celle-ci. Le préciput, établi à 200 livres, est réciproque et doit être prélevé sur les biens de la future communauté, avec les « linges hardes a son usage et lit garny ».
Enfin, Marguerite, en considération de l’affection qu’elle porte à Hilaire et pour le récompenser des « peines et soins » qu’il aura à consacrer au soutien de sa famille, lui consent une donation entre vifs portant sur la moitié de ses biens.
Deux jours plus tard, le 6 novembre 1714, la tutelle des quatre enfants mineurs de Charles et de Marguerite est organisée à Québec, à la suite d’une ordonnance rendue la veille. Les enfants sont Marguerite, âgée de 14 ans, Charlotte, âgée de 9 ans, Jean, âgé de 7 ans, et Thérèse, âgée d’un mois. Après avoir prêté serment, les parents et amis réunis désignent Marguerite Bruneau comme tutrice de ses enfants, ainsi qu’un subrogé tuteur, Timothé Provost.
L’inventaire
Le 7 novembre 1714, le notaire Jean-Étienne Dubreuil dresse l’inventaire des biens de la communauté de Marguerite et de son défunt mari à leur domicile de Québec. L’inventaire est réalisé en présence de Timothée Prévost, subrogé tuteur des enfants mineurs, ainsi que du boulanger Jean Bonneau et de Jean Leconte.
Parmi les biens inventoriés figurent :
deux crochets de fer servant de crémaillère
une moyenne pelle à feu de fer
deux marmites, une moyenne et une petite avec son couvercle
une petite cuillère
une vieille chaudière de cuivre rouge et un vieux poêlon de cuivre jaune
un moyen gril
une poêle à frire moyenne
une petite broche à rôtir
une passoire de cuivre jaune
vaisselle de différentes espèces
un couteau de fer blanc
une huche de bois de pin
un coffre de bois de pin avec ses pentures et serrures
dans lequel se trouvent les linges et hardes à l’usage desdits mineurs et de Marguerite, lesquels sont exclus de l’inventaire
un vieux matelas de laine couvert de toile pesant environ 35 livres
une vieille paillasse
une couverte de laine de Normandie
trois couvertes de poil de cheval
une paire de draps de toile de chambre
deux serviettes de toile ouvrée
deux chaises de bois de pin
une table de bois de noyer et le [illisible] de bois de pin
une petite cuvette
quatre cordes de bois de chauffage
une vieille vache âgée de quatre ans
deux cochons nourriceaux âgés de trois mois
une couchette de bois de pin
deux fers à flaquer
L’inventaire comprend également la propriété située rue Saint-Nicolas, acquise par Charles en 1704. Elle consiste en un terrain d’environ 23 pieds de façade et de 28 à 34 pieds de profondeur, sur lequel se trouve une petite maison en pièces sur pièces, mesurant environ 12 pieds de largeur sur 14 pieds de profondeur, avec une extension à l’arrière. Le document énumère ensuite les créances et les dettes de la communauté, ainsi que leurs documents importants, tels les actes notariés.
Reconstitution artistique d’une petite maison en pièces sur pièces dans la rue Saint-Nicolas, à Québec, vers 1704. Illustration générée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle (octobre 2026, ChatGPT).
Marguerite et Hilaire s’installent à Québec, dans la maison de Marguerite. Ils ont un fils, François Joseph, né en 1716.
Décès de Marguerite
Marguerite Bruneau meurt subitement à l’âge de 36 ans, sur la grève de Sainte-Famille, à l’Île-d’Orléans. Elle est inhumée le 12 avril 1718 dans le cimetière paroissial de Sainte-Famille. [La date de décès ne figure pas dans l’acte de sépulture.]
Sépulture de Marguerite Bruneau (Généalogie Québec)
Une vie modeste, un héritage durable
L’histoire de Charles Giroux et de Marguerite Bruneau témoigne du quotidien des familles modestes qui ont contribué à bâtir la Nouvelle-France. Originaire du Perche, Charles s’établit à Québec à la fin du XVIIe siècle, où il exerce le métier de cordonnier. Avec Marguerite, née dans la colonie, il fonde une famille et acquiert une petite propriété sur la rue Saint-Nicolas. Leur parcours est marqué par le travail, les naissances et les deuils, notamment la mort prématurée de Charles en 1714, suivie de celle de deux de leurs filles.
Malgré ces épreuves, Marguerite poursuit sa vie, se remarie et veille à l'avenir de ses enfants jusqu'à son propre décès en 1718, à seulement 36 ans. Les contrats notariés et l'inventaire des biens familiaux nous offrent aujourd'hui un aperçu particulièrement vivant de leur existence, de leurs conditions matérielles et des préoccupations qui rythmaient la vie d'un ménage au début du XVIIIe siècle. À travers leur histoire se dessine celle de nombreuses familles ordinaires dont le travail et la persévérance ont façonné les premières générations de la société canadienne-française. Leur descendance, qui se poursuit jusqu'à nos jours, constitue un héritage durable de cette époque.
Version PDF de la biographie qui se trouve à l'adresse suivante : https://www.tfcg.ca/charlesgiroux-et-margueritebruneau.
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Bibliographie :
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