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Jean Bougran (ou Beaugrand) dit Champagne & Marguerite Samson

Découvrez l'histoire de Jean Bougran (ou Beaugrand) dit Champagne et de Marguerite Samson, deux pionniers de la Nouvelle-France. Suivez le parcours d'un soldat du régiment de Carignan-Salières et d'une Fille du roi qui ont fondé leur famille dans le Canada du XVIIe siècle et contribué à l'essor de la colonie.

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Jean Bougran (ou Beaugrand) dit Champagne & Marguerite Samson

Un soldat, une Fille du roi et les débuts de la famille Champagne

 

Jean Bougran (ou Beaugrand) dit Champagne naît vers 1641 en France. Ses origines exactes et l’identité de ses parents demeurent inconnues. [Aucun contrat de mariage ni acte de mariage n’a été retrouvé pour ce couple, documents qui auraient normalement permis de connaître leurs origines et les noms de leurs parents.] Son surnom laisse toutefois entrevoir un possible lien avec l’ancienne province française de Champagne.

En 1665, Jean sert comme soldat dans le régiment de Carignan-Salières, au sein de la compagnie du capitaine Pierre de Saurel. Cette compagnie fait partie des derniers grands contingents envoyés en Nouvelle-France pour renforcer la colonie. Elle quitte La Rochelle le 13 mai à bord du navire La Paix et atteint Québec le 19 août 1665.

À peine six jours après son arrivée, le capitaine de Saurel reçoit l’ordre de reconstruire le fort Richelieu, situé au confluent des rivières Richelieu et Saint-Laurent. Ce fort est l’un des cinq postes militaires établis le long de la route empruntée par les Mohawks lors de leurs incursions en Nouvelle-France. Rebaptisé plus tard fort Sorel, il devient le quartier d’hiver de la compagnie. Sous la direction de Saurel, les soldats défrichent également une vaste étendue de forêt afin de préparer l’établissement futur de colons dans la région. Jean passe presque certainement ce premier hiver à monter la garde au fort et à participer aux travaux de défrichement à l’embouchure de la rivière Richelieu.

« Officier et soldats du régiment de Carignan-Salières, 1665-1668 », dessin de Francis Back (Passerelle pour l’histoire militaire canadienne)

En juillet 1666, à la suite d’une attaque mohawk contre l’île La Motte qui coûte la vie à sept soldats et entraîne la capture de quatre autres, dont un cousin de l’intendant Tracy, ce dernier ordonne à Saurel de mener une expédition de représailles. À seulement deux jours de marche du village mohawk le plus proche, Saurel rencontre toutefois une délégation qui ramène déjà les quatre prisonniers sains et saufs. Refusant d’accéder à la demande de ses alliés algonquins de leur livrer les Mohawks, il choisit plutôt d’escorter la délégation jusqu’à Québec. Plus tard la même année, la compagnie prend part à la grande expédition menée par Tracy contre les Mohawks. Les soldats découvrent quatre villages abandonnés à la hâte, qu’ils incendient après avoir détruit les réserves de nourriture. Cette démonstration de force contribue à l’établissement d’une paix durable avec les Iroquois en 1667.

Extrait de la liste des soldats du régiment de Carignan-Salières devenus habitants de la Nouvelle-France en 1668 (Bibliothèque et Archives Canada)

Lorsque le régiment est rappelé en France en 1668, les soldats se voient offrir des terres afin de les encourager à demeurer dans la colonie. En tant qu’officier, Saurel reçoit une seigneurie centrée sur le fort Richelieu. Vingt-neuf de ses hommes choisissent de s’y établir, auxquels s’ajoutent quatre soldats provenant d’autres compagnies dont les officiers sont retournés en France, pour un total de trente-trois colons.


Marguerite Samson naît vers 1649 en France. Ses origines exactes et l’identité de ses parents demeurent inconnues. Elle fait partie des Filles du roi et arrive en Nouvelle-France en 1670.  

Jean et Marguerite se marient en Nouvelle-France, probablement à Saint-Pierre-de-Saurel, peu avant 1671. [Aucun contrat de mariage ni acte de mariage n’a été retrouvé. 

Le couple s’établit dans la seigneurie de Dautray et y fonde une famille. Ils ont au moins trois enfants :

  1. Jean Baptiste (vers 1671–1730)

  2. Charles (1673–après 1681)

  3. Marie (1675–après 1681) 

En 1676, la signature de Jean apparaît pour la première fois dans les archives. Il signe « gean bougeren ».

Signature de Jean en 1676

Le 31 décembre 1676, Marguerite est choisie comme marraine de Marguerite Delbec, fille de Pierre Delbec et de Geneviève Terion, à Saint-Pierre-de-Saurel. Elle ne sait pas signer son nom.                                                                                                                        

En 1678, Jean et Marguerite s’établissent avec leur famille dans la seigneurie de Villemur, tout en conservant des liens avec Saint-Pierre-de-Saurel. Le 13 octobre 1680, Marguerite est de nouveau choisie comme marraine, cette fois pour Marguerite Piette, fille de Jean Piette dit Trempe, compagnon d’armes de Jean dans la compagnie de Saurel, et de Marguerite Chamereau, à Saint-Pierre-de-Saurel.    

Jean (40 ans) et Marguerite (32 ans) figurent au recensement de 1681 dans la seigneurie de Villemur, en compagnie de leurs trois enfants. Ils possèdent trois arpents de terre « en valeur » (défrichée ou cultivée), deux vaches et aucun fusil.

Recensement de 1681 de la Nouvelle-France concernant la famille « Bougrant » (Bibliothèque et Archives Canada)

 

La seigneurie de Villemur

La seigneurie désignée sous le nom de « Villemur » dans le recensement de 1681 correspond au fief aujourd’hui connu sous le nom de Berthier-en-Haut, soit l’actuelle ville de Berthierville, située sur la rive nord du Saint-Laurent dans la région de Lanaudière (MRC de D’Autray), en face de Sorel-Tracy. Elle est concédée au sieur Randin en 1672, puis vendue l’année suivante à Isaac-Alexandre de Berthier, officier du régiment de Carignan-Salières, qui lui donne son nom. L’appellation « Villemur » utilisée dans le recensement découle toutefois du titre porté par ce seigneur, sieur de Villemur, avant que le nom « Berthier » ne s’impose dans l’usage. Isaac-Alexandre de Berthier possède deux seigneuries portant son nom : Berthier-en-Haut, sur la rive nord du Saint-Laurent, et Berthier-en-Bas (aujourd’hui Berthier-sur-Mer), sur la rive sud, près de Bellechasse. Les familles recensées sous l’appellation « Villemur » en 1681 appartiennent à la seigneurie de la rive nord, c’est-à-dire l’actuelle Berthierville.


Le 28 mai 1687, Jean « Bougran » agit comme témoin au mariage du soldat Antoine Moran dit Lagrandeur et de Marie Madeleine Poutret dite Lavigne à Saint-Pierre-de-Saurel.

Après cet événement, Jean disparaît presque entièrement des archives et l’on sait peu de choses de sa vie jusqu’à son décès.


La mort de Jean et les dernières années de Marguerite

Jean Bougran (ou Beaugrand) dit Champagne meurt vers l’âge de 58 ans. Il est inhumé le 5 décembre 1699 au cimetière paroissial de Saint-Pierre-de-Saurel. [La date du décès est omise dans l’acte de sépulture, qui n’existe plus.]

Première page de l'accord conclu en 1701 entre Marguerite et son fils (FamilySearch)

Le 23 octobre 1701, le grand vicaire François de Belmont rédige une entente entre Marguerite, son fils Jean-Baptiste, et l’épouse de celui-ci, Françoise. Jean-Baptiste s’engage à héberger sa mère et à lui fournir annuellement vingt minots de blé jusqu’à sa mort, ainsi qu’une vache parmi les trois qu’il possède, « un cochon gras prêt à tuer » et deux cochons âgés de six mois.

Il s’engage également à engraisser chaque année un cochon pour Marguerite, qu’elle lui fournira, et à lui construire en 1702 un bâtiment destiné à abriter ses animaux et sa volaille. Il promet en outre de lui fournir dix cordes de bois et de faire moudre son blé au moulin banal, pourvu qu’ils demeurent dans le même lieu, sur la même côte ou dans la même paroisse.

Marguerite promet d’apporter « ses meubles, hardes et utenciles, savoir son lit garny de rideaux, ses linceuils deux couvertes, son coffre avec tout le linge, habits, et hardes qu’elle possède pour son usage plus deux marmittes, deux chaudrons, deux assiettes, un plat, un bassin, six cuillers ». Jean-Baptiste accepte également de réserver « un coin de son jardin » à l’usage de sa mère et de lui fournir pour une année des « légumes et herbages ». 

En contrepartie, Marguerite cède à Jean-Baptiste ses droits dans la succession de son défunt mari, y compris toutes les terres qu’il possède. Cette entente est enregistrée le 17 octobre 1708 par le notaire Antoine Adhémar.


Décès de Marguerite

Marguerite Samson meurt vers l’âge de 72 ans. Elle est inhumée le 24 juillet 1721 au cimetière paroissial de Saint-Pierre-de-Saurel. [La date du décès a été omise dans l’acte de sépulture.]

L’acte de sépulture indique :

 

« Le Vingt quatrieme de juillet mil sept cent Vingt Et un par moi soussigné a été inhumee dans le Cimetiere de cette Paroisse margueritte Samsom femme de feu Jean Bougran elle est morte munie de tous les sacrements ; Les tesmoins ont ete Pierre Ratel et Nicolas Baillargeon qui ont declaré ne savoir signer de ce enquis. »

 

Sépulture de Marguerite « Samsom » en 1721 (Généalogie Québec)


Un héritage durable

Le parcours de Jean Bougran (ou Beaugrand) dit Champagne et de Marguerite Samson s’inscrit au cœur des premières décennies de la Nouvelle-France. Lui, soldat du régiment de Carignan-Salières ; elle, Fille du roi venue contribuer au peuplement de la colonie. Ensemble, ils bâtissent leur vie sur les rives du Saint-Laurent à une époque où le destin de la Nouvelle-France est encore incertain.

Comme tant de pionniers de leur génération, ils font face aux difficultés de la vie coloniale, aux épidémies, aux deuils et aux défis quotidiens d’un territoire en pleine construction. Malgré ces épreuves, ils parviennent à établir leur famille et à laisser une empreinte durable dans l’histoire de la colonie.

 
 


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Bibliographie :

  • « Le LAFRANCE (Baptêmes, mariages et sépultures), » base de données et images numérisées, Généalogie Québec (https://www.genealogiequebec.com/Membership/LAFRANCE/acte/83202 : consulté le 11 juin 2026), baptême de Marguerite DOLLEBEC, 31 déc. 1676, Sorel (St-Pierre) ; citant les données originales : Institut généalogique Drouin et le PRDH. 

  • « Le LAFRANCE (Baptêmes, mariages et sépultures) », base de données et images numérisées, Généalogie Québec (https://www.genealogiequebec.com/Membership/LAFRANCE/acte/83284 : consulté le 11 juin 2026), baptême de Marguerite PIET, 13 oct. 1680, Sorel (St-Pierre) ; citant les données originales : Institut généalogique Drouin et le PRDH. 

  • « Le LAFRANCE (Baptêmes, mariages et sépultures) », base de données et images numérisées, Généalogie Québec (https://www.genealogiequebec.com/Membership/LAFRANCE/acte/83995 : consulté le 11 juin 2026), mariage de Antoine MORAN et Madeleine POUTRET, 28 mai 1687, Sorel (St-Pierre) ; citant les données originales : Institut généalogique Drouin et le PRDH. 

  • « Le LAFRANCE (Baptêmes, mariages et sépultures) », base de données et images numérisées, Généalogie Québec (https://www.genealogiequebec.com/Membership/LAFRANCE/acte/84128 : consulté le 11 juin 2026), sépulture de Jean BOUGRAN CHAMPAGNE, 5 déc. 1699, Sorel (St-Pierre) ; citant les données originales : Institut généalogique Drouin et le PRDH. 

  • « Le LAFRANCE (Baptêmes, mariages et sépultures) », base de données et images numérisées, Généalogie Québec (https://www.genealogiequebec.com/Membership/LAFRANCE/acte/84226 : consulté le 11 juin 2026), sépulture de Marguerite SAMSOM, 24 juil. 1721, Sorel (St-Pierre) ; citant les données originales : Institut généalogique Drouin et le PRDH. 

  • « Recensement du Canada fait par l'intendant Du Chesneau », images numérisées, Bibliothèque et Archives Canada (https://www.bac-lac.gc.ca/eng/CollectionSearch/Pages/record.aspx?app=fonandcol&IdNumber=2318858&new=-8585855146497784530 : 10 Jun 2026), ménage de Jean Bougrant, 14 nov. 1681, Seigneurie de Villemur, page 117 (du PDF), instrument de recherche MSS0446, MIKAN 2318858 ; citant les données originales : Centre des archives d'outre-mer (France) vol. 460.

  • « Archives de notaires : Antoine Adhémar (1668-1714) », images numérisées, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/4495467?docref=vYGFKgNyTBKT7Jhox-gjQw : consulté le 11 juin 2026), obligation de Guillaume David à Jacques Babie, 25 juin 1676, image 464 sur 516.

  • « Actes de notaire, 1668-1714 // Antoine Adhémar », images numérisées, FamilySearch (https://www.familysearch.org/ark:/61903/3:1:3Q9M-CSTC-21MP?cat=koha%3A541271&view=explore&grid=on&i=507&lang=en : consulté le 11 juin 2026), accord entre Marguerite Sanson et Jean Bougrand et Françoise Gignat, 23 oct. 1701, déposé le 17 août 1708, pages 508-510 sur 3055 ; citant les données originales : Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

  • Université de Montréal, base de données du Programme de recherche en démographie historique (PRDH) (https://www-prdh-igd-com.res.banq.qc.ca/Membership/en/PRDH/Famille/3509 : consulté le 10 juin 2026), dictionary entry for  Jean BEAUGRAND CHAMPAGNE and Marguerite SAMSON, union 3509.

  • Peter J. Gagné, From Soldiers to Settlers: The Carignan-Salières Regiment in Canada 1665-1668, volume 1 (Woonsocket, Rhode Island, American-French Genealogical Society, 2025), 94.

  • Jack Verney, The Good Regiment: The Carignan-Salières Regiment in Canada, 1665–1668 (Montréal : McGill-Queen’s University Press, 1991).