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Louis Gasnier & Marie Michel

Découvrez l'histoire de Louis Gasnier et Marie Michel, ancêtres de la famille Gagné, depuis la région française du Perche jusqu’aux débuts de la colonie à Québec, Sainte-Anne-de-Beaupré et Bellechasse. Cette biographie retrace leur vie, les épreuves qu’ils traversent et l’héritage qu’ils laissent en Nouvelle-France au XVIIe siècle, notamment la mort soudaine et mystérieuse de Louis, peut-être aux mains des Iroquois, survenue durant une période de violence dans la colonie.

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Louis Gasnier & Marie Michel

Du Perche à la vallée du Saint-Laurent

 

Louis Gasnier, fils de Louis Gasnier et de Marie Launay, est baptisé le 13 septembre 1612 dans la paroisse de Saint-Martin à Igé, dans le Perche, en France. Ses parrains sont François Vaillant et René Laireau, et sa marraine est Françoise Launay. Son père exerce le métier de meunier. Louis a trois frères connus : Noël, Jacques et Pierre, qui deviendra lui aussi un pionnier en Nouvelle-France. Au fil du temps, le nom Gasnier évolue pour devenir Ganier, Gaigné, Gagnier, puis finalement Gagné.

Baptême de Louis Gasnier en 1612 (Archives et patrimoine culturel de l’Orne)

L’église Saint-Martin à Igé (photo de Pucesurvitaminee CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

Localisation d’Igé en France (Mapcarta)

Comme son père, Louis travaille comme meunier dans les moulins voisins de Guémançais et de Courtoulin.

Située à environ 140 kilomètres au sud-ouest de Paris, Igé se trouve dans l’actuel département de l’Orne. Petite commune rurale, elle compte moins de 600 habitants.  

Carte postale d’Igé, 1907 (Geneanet)


Marie Michel, fille de Pierre Michel et de Louise Gurry, naît vers 1622 à Saint-Martin-du-Vieux-Bellême, dans le Perche, en France, à environ six kilomètres au nord d’Igé.

Carte postale de Saint-Martin-du-Vieux-Bellême, vers 1907 (Geneanet)

Carte postale de Saint-Martin-du-Vieux-Bellême, vers 1909 (Geneanet)

Le 11 juin 1638, le notaire Regnard rédige un contrat de mariage à Saint-Martin-du-Vieux-Bellême entre Louis et Marie. Louis a 25 ans et Marie environ 16 ans.

Le couple a deux enfants en France : Louis, décédé avant 1644, et Louise. Tous deux sont baptisés dans l’église paroissiale de Saint-Martin à Igé.

Louis et Marie auront au moins neuf enfants au total :

  • Louis Gagné (1639-d. en France)

  • Louise Gagné (1642-1721)

  • Marie Gagné (1644-1717)

  • Pierre Gagné (1647-avant 1714)

  • Olivier Gagné (1649 avant 1730)

  • Louis Gagné (1651-avant 1721)

  • Anne Gagné (1653-après 1723)

  • Ignace Gagné (1656-1702)

  • Joachim Gagné (vers 1660-1688)


Un choix décisif pour l’avenir

En tant que jeunes mariés, Louis et Marie ont peu de perspectives d’avenir dans le Perche. La région est densément peuplée, les terres sont de plus en plus morcelées et les jeunes hommes ont souvent du mal à fonder leur propre foyer. Pour une jeune famille, il est difficile d’atteindre une stabilité économique dans le système local. Le métier de meunier exercé par Louis peut expliquer la décision d’émigrer. En France, les moulins sont des monopoles seigneuriaux, et les postes sont rares, strictement réglementés et souvent hérités ou contrôlés par le patronage. En Nouvelle-France, en revanche, les artisans qualifiés, comme les meuniers, sont très recherchés pour soutenir une production céréalière en pleine expansion. Le même métier, qui offre peu de mobilité en France, peut fournir un travail plus stable et de meilleures possibilités dans la colonie.

Les âges de Louis et de Marie, ainsi que la taille de leur famille, rendent également la migration possible. Une épouse de seize ans et un mari d’une vingtaine d’années sont typiques de l’époque, et, avec un seul enfant, le ménage demeure relativement mobile. Il s’agit précisément du profil démographique le plus susceptible de réussir une migration. Le Perche dispose aussi, dans les années 1630 et 1640, de réseaux migratoires bien établis vers la Nouvelle-France, impliquant souvent des notaires et des liens paroissiaux qui réduisent l’incertitude. Combinée aux pressions plus générales liées à la guerre, à la fiscalité et à l’instabilité économique en France, l’émigration offre à la jeune famille une possibilité réaliste de stabilité et d’ascension sociale, difficilement atteignable dans la région d’Igé.

 

L’émigration percheronne : de la France aux côtes du Canada

L’ancienne province du Perche est profondément liée à l’histoire de l’émigration française vers le Canada au XVIIe siècle et devient un important foyer d’émigration. De nombreux colons de la Nouvelle-France sont originaires de cette région et quittent la France à partir du port de La Rochelle. Parmi les principaux acteurs de cette migration figurent Robert Giffard, seigneur et chirurgien, ainsi que les frères Juchereau, Jean et Noël, marchands ayant obtenu d’importantes concessions foncières au Canada. Ceux-ci ont besoin d’hommes capables de défricher leurs terres, d’y construire des maisons et d’autres bâtiments, puis de les cultiver. Leur objectif premier est de faire venir au Canada le plus grand nombre possible de colons et de familles. La Compagnie des Cent-Associés finance en partie la migration de ces colons, dont Zacharie Cloutier, Jean Guyon, Noël Langlois et bien d’autres. Le Musée de l’émigration française au Canada, à Tourouvre au Perche, met en valeur ces pionniers et leur histoire.  


Louis, Marie et leur fille Louise arrivent probablement au Canada en 1644. Marie est possiblement enceinte durant la traversée et donne peut-être naissance à leur fille Marie à bord du navire. Cela expliquerait pourquoi Marie, née le 5 septembre 1644, n’est baptisée que quinze jours plus tard à Québec. Ses parrains et marraines sont Noël Juchereau, Geneviève Juchereau (fille de Jean) et Marie Langlois (épouse de Jean Juchereau).  

 

Image d’intelligence artificielle créée par l’auteure avec ChatGPT (janvier 2026)

 

Nouvelle patrie en Nouvelle-France

La famille Gagné vit quelques années dans la paroisse de Québec avant de s’établir sur la côte de Beaupré.  

Le 3 octobre 1647, Louis accepte un bail à ferme de six ans à Beaupré auprès d’Olivier Letardif, commis de la Compagnie des Cent-Associés, lequel prend effet à la Toussaint suivante. Louis est alors décrit comme laboureur. La ferme, appelée « Saint-Charles », comprend des prairies, des terres arables, une étable, une grange, une cour, un jardin et une maison, ainsi que des bœufs, des vaches à lait et des cochons.

Les signatures et paraphes de Letardif et Gasnier sur le bail de 1647 (FamilySearch)

Trois ans plus tard, le 20 octobre 1650, Letardif accorde à Louis une concession foncière de cinq arpents de front, face au fleuve Saint-Laurent. La terre est située à l’ouest de la Grande Rivière et deviendra plus tard Sainte-Anne-du-Petit-Cap, puis Sainte-Anne-de-Beaupré. Louis s’engage à défricher la terre et à y construire une maison. En 1653, la famille Gagné s’installe enfin sur sa nouvelle propriété. Leurs voisins sont Pierre Picard et Julien Mercier.

Plaque dédiée à Louis Gagné et à Marie Michel, ainsi qu’à Pierre Gagné et à Marguerite Rosée, à Sainte-Anne-de-Beaupré (© La Généalogiste franco-canadienne)

Plaque commémorative des propriétaires fonciers de Sainte-Anne-du-Petit-Cap au 13 mars 1658, à Sainte-Anne-de-Beaupré (© La Généalogiste franco-canadienne)

Le 2 février 1660, la famille Gagné se rend à l’église de Château-Richer pour recevoir le sacrement de confirmation des mains de « François de Montmorency-Laval, Monseigneur L’Illustrissime et Révérendissime Evesque de Petrée, Vicaire Apostolique dans tout le païs de la Nouvelle France », en compagnie de 175 autres personnes.

 

Confirmation de Louis, Marie, Pierre, Olivier, Louise et Marie en 1660 (Généalogie Québec)

 

La mort mystérieuse de Louis Gasnier

Louis Gasnier décède entre le 2 février 1660 (date de sa confirmation) et le 14 juillet 1661 (date de son inventaire). La chercheuse française Françoise Lamarche découvre un manuscrit daté de juin 1661, conservé au Séminaire de Québec, qui indique que « le 18 de ce mois à 8 h. du matin commença le massacre ou capture de plusieurs personnes à Beaupré et à l’Île d’Orléans par les Iroquois descendus de Tadoussac […] On parlait de 8 à Beaupré et 7 à l’île d’Orléans, ce qui s’est trouvé vrai ». Louis Gasnier et son voisin Louis Guimont, dont les inventaires après décès sont dressés le même jour, auraient fait partie de ce groupe. Malheureusement, aucun registre de sépulture n’a été conservé. 

Le 14 juillet 1661, le notaire Claude Auber rédige l’inventaire des biens de la communauté de feu Louis Gasnier et de son épouse, Marie Michel, à Château-Richer. L’inventaire, très succinct, comprend une petite quantité d’animaux, dont deux vaches laitières, deux génisses et un bœuf, ainsi que quelques meubles, dont trois lits et un coffre, du linge de maison, des ustensiles de cuisine et des marmites. Parmi ses dettes, Louis doit plus de 259 livres au sieur de la Chesnaye, plus de 134 livres aux jésuites et 25 livres à l’hôpital.

Première page de l’inventaire des biens de Louis et Marie (FamilySearch)

Après le décès de son mari, Marie continue de vivre sur la côte de Beaupré. En 1666, elle est dénombrée au recensement de la Nouvelle-France, où elle vit avec ses huit enfants.  

Recensement de la Nouvelle-France en 1666 pour le ménage de Marie Michel (Bibliothèque et Archives Canada)

Quelques mois plus tard, dans l’après-midi du 1er septembre 1666, le notaire Michel Fillion rédige un contrat de mariage entre Marie, alors âgée d’environ 44 ans, et Paul de Rainville, veuf de Roline Poète, alors âgé d’environ 47 ans. Les témoins de Marie sont ses fils Pierre et Olivier, ses voisins Pierre Picard et son épouse Renée Desuranne, ainsi qu’Étienne Lessard. Les témoins de Paul sont son fils Jean et René Langlois.

Le contrat est conforme aux normes de la Coutume de Paris. Le douaire est fixé à 300 livres. Marie apporte une vache et un lit de plumes à la communauté. Paul sait signer son nom, mais Marie ne sait pas écrire. La date de leur mariage demeure inconnue, l’acte de mariage n’existant plus.      


 

La Coutume de Paris régit la transmission des biens familiaux en Nouvelle-France. Qu’il y ait ou non un contrat de mariage, un couple est soumis à la « communauté de biens », c’est-à-dire que tous les biens acquis pendant le mariage font partie de la communauté. Au décès des parents, les biens de la communauté sont partagés à parts égales entre tous les enfants, qu’ils soient fils ou filles. Si l’un des conjoints décède, le conjoint survivant conserve la moitié des biens de la communauté, tandis que l’autre moitié est partagée entre les enfants. Le douaire désigne la part de propriété réservée par le mari à sa femme au cas où elle lui survit.  


Dans le recensement de 1667, Paul et Marie sont répertoriés à la « Coste de Beauport, Nostre Dame des anges et autres lieux », vivant avec deux des enfants de Marie et un des fils de Paul. Ils possèdent une bête et sept arpents de terre « en valeur » (défrichée ou en culture). 

Recensement de la Nouvelle-France en 1667 pour le ménage de Paul de Rainville (Bibliothèque et Archives Canada)


Dans les années 1670, les noms de Marie et de Paul apparaissent dans plusieurs actes notariés, principalement liés à des transactions foncières :

  • 18 janvier 1672 : Paul et Marie vendent à Jean de Rainville, fils de Paul, une concession de 20 arpents située près du village de Fargy (Beauport), pour la somme de 800 livres. La concession comprend une maison, une grange, un jardin et une petite cabane.

  • 2 avril 1675 : Marie vend la moitié de sa terre située dans la seigneurie de Beaupré à son fils Louis Gasnier pour 400 livres. Celle-ci mesure deux arpents et demi de front, face au fleuve Saint-Laurent.

  • 31 janvier 1677 : Paul et Marie enregistrent un don mutuel devant le notaire Michel Fillion. Le don comprend tous leurs biens mobiliers et immobiliers, notamment une terre et une concession situées à l’anse de Bellechasse. Noël Langlois et Jean Côté agissent à titre de témoins. [Ce don mutuel reflète une décision pratique prise par un couple qui n’a pas d’enfants ensemble, mais qui a chacun des enfants issus de mariages précédents. En vertu de la Coutume de Paris, les époux ne sont pas les héritiers légaux l’un de l’autre et, sans dispositions particulières, le décès de l’un des conjoints peut laisser le survivant dans une situation financière précaire, la succession étant immédiatement répartie entre les enfants du défunt. En faisant un don mutuel, chaque conjoint s’assure que l’autre est protégé à son décès et peut conserver l’usage du ménage et des biens, tout en préservant les droits successoraux de leurs enfants respectifs.]

  • 6 juillet 1679 : Le fils de Marie, Louis Gasnier, lui rétrocède le terrain qu’il lui avait acheté en 1675. Marie et Paul revendent ensuite le même terrain à Joseph Paré pour 400 livres.

En 1681, Marie et Paul s’installent dans la seigneurie de Bellechasse. Ils y sont recensés lors du recensement de la Nouvelle-France, vivant près du fils de Marie, Joachim. Le couple possède six arpents de terre « en valeur » et un fusil.

Recensement de la Nouvelle-France en 1681 pour le ménage de Paul « d’Erainville » (Bibliothèque et Archives Canada)


Les dernières années de Marie

Le 17 avril 1684, probablement en raison de leur santé déclinante, Paul et Marie font donation d’une terre située dans la seigneurie de Bellechasse à leur voisin Pierre Bazin. La terre mesure trois arpents de front, face au fleuve Saint-Laurent, sur environ 40 arpents de profondeur. Elle comprend une maison, une grange et une étable. La terre est chargée de trois chapons, ainsi que de trois livres et trois sols de cens et rente seigneuriale. En échange, Bazin s’engage à loger, nourrir et entretenir Paul et Marie jusqu’à leur mort.

Un an et demi plus tard, le 30 novembre 1685, Paul et Marie échangent une concession foncière dans la seigneurie de Bellechasse contre une concession située dans le village de Saint-Joseph, paroisse de Beauport, avec Pierre Bazin et son épouse, Marguerite Leblanc.

Paul de Rainville meurt à l’âge d’environ 67 ans, le 10 décembre 1686. Il est inhumé deux jours plus tard dans le cimetière paroissial de Beauport. Le notaire Paul Vachon assiste à l’inhumation.


Décès de Marie Michel

Marie Michel décède l’année suivante, à l’âge d’environ 65 ans, le 12 novembre 1687. Elle est inhumée le jour même dans le cimetière paroissial de Sainte-Anne-de-Beaupré, « apres avoir receu les Sts Sacremens de penitence viatique et Extreme-onction ». Son fils Louis assiste à l’enterrement, tout comme son gendre François Lacroix. Marie vit probablement avec sa fille Anne et son mari François à Sainte-Anne-de-Beaupré au moment de son décès. L’acte de sépulture indique qu’elle était âgée de 72 ans. [Compte tenu de la rapidité avec laquelle elle est enterrée, il est possible que Marie soit victime de l’épidémie de variole qui sévit au Canada pendant l’hiver 1687–1688.]

Sépulture de Marie Michel en 1687 (FamilySearch)


Une vie marquée par l’épreuve et l’espoir

Le parcours de Louis Gasnier et de Marie Michel illustre les débuts souvent fragiles, mais déterminants, des familles établies en Nouvelle-France. De leur départ du Perche à leur enracinement le long du Saint-Laurent, leur vie est marquée par le travail, l’incertitude et l’espoir d’un avenir meilleur. La mort soudaine et mystérieuse de Louis met fin brutalement à ce projet commun et force Marie à poursuivre seule, à la tête d’une jeune famille. Son long veuvage, son remariage, puis les décisions qu’elle prend pour assurer la survie et la stabilité des siens témoignent de sa résilience et de sa capacité d’adaptation. Sa mort en 1687, possiblement survenue dans le contexte de l’épidémie de variole qui frappe la colonie cet hiver-là, clôt un parcours marqué par l’endurance et la transmission. Leur histoire demeure celle des premières générations dont l’héritage se poursuit encore aujourd’hui à travers leurs descendants.

 
 

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Bibliographie :