20 légendes qui ont hanté l’imaginaire de nos ancêtres
Click here for the English version
20 légendes qui ont hanté l’imaginaire de nos ancêtres
Fantômes, revenants, loups-garous et autres histoires à faire peur
Pendant des générations, les Canadiens français ont peuplé leur imaginaire de fantômes, de diables, de loups-garous et de créatures épeurantes. Ces récits n’étaient pas seulement faits pour donner des frissons. Ils reflétaient aussi un monde où la religion occupait une place centrale, où les voyages pouvaient être périlleux et où l’on vivait souvent à proximité de vastes forêts, de rivières dangereuses ou de côtes exposées aux tempêtes. Les légendes donnaient un visage à ces peurs bien réelles et, parfois, servaient aussi à rappeler les règles qu’il valait mieux ne pas enfreindre.
Ces légendes circulaient au Québec, en l’Ontario francophone, en Acadie et, plus à l’ouest, dans les communautés métisses, où les traditions canadiennes-françaises se mêlaient aux croyances autochtones. Certaines étaient terrifiantes, d’autres moralisatrices ou tout simplement étranges, mais toutes nous donnent un aperçu des peurs, des valeurs et de l’imaginaire de ceux qui nous ont précédés.
Partie 1 : Les morts sans repos
Fantômes, revenants et âmes qui ne trouvent pas la paix
La Dame blanche
Selon la légende, pendant le siège de Québec en 1759, une jeune femme nommée Mathilde se préparait à épouser son fiancé, Louis. Mais celui-ci partit combattre les Britanniques et fut tué à la bataille de Montmorency, le 31 juillet. Lorsqu’elle apprit sa mort, Mathilde fut accablée de chagrin. Vêtue de la robe blanche qu’elle devait porter à son mariage, elle se rendit aux chutes Montmorency, tout près de Québec, et se jeta dans les eaux tumultueuses.
Vue de la chûte de Montmorenci et de l’attaque des retranchements françois près de Beauport par le Général Wolfe, estampe de Hervey Smyth et William Elliott, 1760 (Bibliothèque et Archives nationales du Québec)
Illustration créée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, octobre 2026 (ChatGPT)
Son histoire ne s’arrête pas là. Certaines nuits, surtout lorsque la lune est pleine, on disait apercevoir près des chutes la silhouette fantomatique d’une femme vêtue de blanc. Selon certaines versions, son voile de mariée aurait été emporté dans sa chute avant de se déposer sur les rochers voisins. C’est ce qui aurait donné son nom à la chute de la Dame blanche, une petite cascade près des chutes Montmorency dont l’eau évoque elle aussi un voile de mariée. L’apparition est devenue l’une des dames blanches les plus connues du Québec : une fiancée en deuil condamnée à demeurer près du lieu où se sont croisés l’amour, la guerre et la mort.
Le Revenant de Gentilly
En 1823, un groupe d’étudiants passait une soirée de fin d’été au presbytère de Gentilly lorsqu’ils entendirent, à l’extérieur, le bruit d’un cheval et d’une voiture qui approchaient. Le véhicule sembla s’arrêter devant le perron ; on entendit ensuite des pas sur la galerie, puis quelqu’un frapper à la porte. Pourtant, lorsqu’un des jeunes hommes regarda dehors au clair de lune, il n’y avait ni voiture ni visiteur. La porte d’entrée s’ouvrit alors d’elle-même, puis se referma. Les hommes entendirent de lourds pas traverser la pièce, suivis d’un bruit semblable au froissement d’une soutane, comme si une présence invisible montait l’escalier et entrait dans une chambre à l’étage.
Illustration créée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, octobre 2026 (ChatGPT)
Le prêtre et l’un des jeunes hommes inspectèrent la chambre sans rien trouver. Quelques instants plus tard, un fracas énorme retentit à l’étage. Le prêtre y retourna seul et en ressortit très pâle, tandis que les autres entendaient le cliquetis de chaînes et des gémissements provenant de la pièce vide. Ces phénomènes se répétèrent chaque nuit pendant plus d’une semaine. Même certains des hommes les moins superstitieux du village vinrent passer la nuit au presbytère et, selon le récit, repartirent le lendemain matin profondément ébranlés. Plus étrange encore, on retrouva dans le sable soigneusement raclé devant la maison des traces fraîches de roues laissées par la mystérieuse voiture.
Finalement, le prêtre se rendit à Québec pour consulter les autorités religieuses. À son retour, il attendit que les phénomènes reprennent vers minuit. Il revêtit son surplis et son étole, demanda aux autres de s’agenouiller et de prier, puis entra seul dans la chambre hantée. Presque aussitôt, des cris, des hurlements et un fracas épouvantable éclatèrent, comme si des bêtes sauvages s’y battaient et que les meubles étaient mis en pièces. Lorsque le vacarme cessa brusquement, le prêtre redescendit couvert de sueur, les cheveux en désordre et le surplis déchiré. Selon la légende, il semblait avoir vieilli de dix ans.
Les phénomènes ne se reproduisirent jamais. Le prêtre refusa d’expliquer ce qui s’était passé dans la chambre et demanda qu’on en parle le moins possible. Mais jusqu’à la fin de sa vie, le premier vendredi de chaque mois, il célébra une messe de Requiem pour une personne dont il ne révéla jamais le nom. Qui était le revenant et que voulait-il du prêtre ? Le mystère demeure entier.
La Corriveau
Peu de figures du folklore québécois sont aussi macabres que La Corriveau. Au fil des générations, elle devint dans la tradition populaire une sorcière, une meurtrière et une apparition errant dans la campagne, parfois encore prisonnière de la cage de fer dans laquelle son cadavre avait été exposé. Dans l’une des versions littéraires les plus connues de la légende, La Corriveau apparaît la nuit près de Pointe-Lévy, toujours enfermée dans sa cage. Elle grimpe sur le dos d’un voyageur terrorisé et le supplie de la transporter de l’autre côté du Saint-Laurent, jusqu’à l’île d’Orléans, où elle veut rejoindre ses amis au sabbat des sorciers. Le cliquetis de sa cage devient alors inséparable de son image surnaturelle et contribue à transformer une véritable exécution du XVIIIe siècle en l’une des histoires de fantômes les plus durables du Québec.
Le squelette de « La Corriveau », dans sa cage de fer, terrifiant un voyageur, tiré de Légendes du Saint-Laurent de Charles Walter Simpson (Wikimedia Commons)
Contrairement à bien des personnages du folklore, La Corriveau a réellement existé. Marie Josèphe Corriveau naît vers 1733 à Saint-Vallier, près de Québec. Après la mort de son premier mari, Charles Bouchard, elle épouse Louis Hélène Dodier en 1761. Leur mariage est difficile et les documents montrent que Dodier est en conflit avec elle et sa famille ; en décembre 1762, elle quitte même le domicile conjugal, apparemment en raison des mauvais traitements qu’il lui inflige. Quelques semaines plus tard, Dodier est retrouvé mort dans l’étable. On croit d’abord qu’un cheval l’a tué, mais un examen révèle de graves blessures à la tête. Marie Josèphe finit par avouer l’avoir tué à coups de hache pendant son sommeil, affirmant au tribunal militaire que les mauvais traitements de son mari avaient contribué à son geste.
Elle est condamnée à mort en 1763 et pendue près de Québec. Mais c’est surtout ce qui se produit ensuite qui contribue à créer la légende. Au lieu d’être immédiatement enterré, le corps de Marie Josèphe est enfermé dans une cage de fer et exposé bien en vue à un carrefour de Pointe-Lévy, de l’autre côté du fleuve. Pendant environ cinq semaines, voyageurs et habitants passent devant le cadavre en décomposition suspendu dans sa cage, avant que les autorités n’autorisent finalement son enterrement. Ce spectacle extraordinaire marque les mémoires bien plus durablement que le crime lui-même.
À mesure que l’histoire se transmet d’une génération à l’autre, un seul mari assassiné devient plusieurs. Marie Josèphe se transforme en sorcière et en tueuse en série qui, selon certaines versions, aurait fait disparaître jusqu’à sept maris par des moyens de plus en plus imaginatifs. La légende prend encore de l’ampleur après la redécouverte de sa cage de fer en 1851, puis son exposition au public au Canada et aux États-Unis. Au XIXe siècle, des écrivains enrichissent encore la légende en faisant de La Corriveau un fantôme qui hante les lieux où son corps avait été exposé. Aujourd’hui, les historiens distinguent généralement la femme reconnue coupable du meurtre d’un seul mari de la figure beaucoup plus sombre et colorée que la légende québécoise a créée autour d’elle.
Le Petit Bonhomme sans tête de L’Isle-aux-Grues
À L’Isle-aux-Grues, dans le Saint-Laurent en face de Cap-Saint-Ignace, on racontait autrefois l’histoire d’une étrange apparition connue simplement sous le nom de Petit Bonhomme sans tête. On le décrivait comme un homme petit et trapu, vêtu d’un pantalon gris et d’un habit noir, avec une particularité profondément inquiétante : sa tête était invisible. Il ne parlait jamais et ne menaçait personne, mais il terrifia tout de même les habitants de l’île pendant des décennies.
Illustration créée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, octobre 2026 (ChatGPT)
Selon la tradition, il serait apparu pour la première fois vers 1810 et aurait hanté l’île jusqu’en 1841. Il ne se montrait que la nuit, habituellement sur la même portion du chemin près de la rive. Des témoins affirmaient l’avoir vu marcher sur la neige sans y laisser la moindre trace. La première personne qui aurait rencontré l’apparition était Catherine « Catin » Gagné, et plusieurs autres habitants affirmèrent par la suite avoir vu la même silhouette silencieuse.
Ce qui rendait la légende si troublante n’était pas la violence, mais le fait que l’apparition revenait sans cesse, toujours la nuit, au même endroit et sous la même apparence. L’un des témoins les plus connus fut Louis Lebel, surnommé Carleton. Selon un récit plus tardif, il rencontra l’apparition près d’un cap et, en tentant de lui échapper, dégringola une pente rocheuse. On le retrouva le lendemain matin couvert de bleus, ensanglanté et inconscient. Il survécut, mais, comme Catin Gagné, il aurait affirmé jusqu’à sa mort avoir vu le Diable. Le Petit Bonhomme aurait fait sa dernière apparition en 1841 et ne fut jamais revu par la suite.
La Tête à Pitre
Parmi les canotiers qui effectuaient autrefois la dangereuse traversée hivernale entre Québec et Lévis, peu de légendes étaient aussi épeurantes que celle de La Tête à Pitre. Elle racontait l’histoire de Pitre Soulard, un canotier audacieux qui préférait courir des risques plutôt que de passer pour un peureux. Un hiver, sa témérité lui coûta cher. Une plaque de glace en mouvement le frappa avec une violence terrible et lui trancha la tête. Celle-ci rebondit sur la glace du fleuve gelé en laissant derrière elle une traînée de sang.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Selon la légende, la tête de Pitre continua d’apparaître sur le Saint-Laurent, surtout par temps de brouillard, de poudrerie ou de tempête. Les canotiers racontaient qu’on pouvait parfois l’apercevoir sur une grande plaque de glace emportée par le courant, entre Québec et Lévis, dans le secteur appelé « entre les deux églises ». Cette apparition était inquiétante : quiconque voyait La Tête à Pitre était censé mourir dans l’année, le plus souvent dans un accident.
Certaines versions sont encore plus sombres. Ce n’est plus Pitre seul qui revient : treize hommes sans tête errent sur le fleuve pendant les nuits d’hiver, cherchant à atteindre la rive sans jamais y parvenir. La légende devient alors bien plus que l’histoire du fantôme d’un canotier malchanceux. Elle transforme le Saint-Laurent en un lieu hanté l’hiver, où les morts continuent de dériver sans repos parmi les glaces et dans l’obscurité.
Illustration créée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, octobre 2026 (ChatGPT)
Partie 2 : Le Diable et les âmes perdues
Pactes, désobéissance et châtiments surnaturels
Le Diable aux Forges du Saint-Maurice
Aux Forges du Saint-Maurice, le Diable était moins un visiteur occasionnel qu’un résident permanent. Établies près de Trois-Rivières dans les années 1730, les Forges furent la première communauté industrielle du Canada et demeurèrent en activité jusqu’en 1883. Au XIXe siècle, elles avaient toutefois acquis une réputation particulièrement sinistre. L’un des premiers récits consacrés à ces légendes fut publié en 1872 par l’abbé Napoléon Caron, qui s’appuyait sur des histoires déjà transmises oralement dans la région. Caron décrivait un établissement isolé au milieu d’une vaste forêt, des ouvriers noircis par la fumée et le charbon de bois, et un haut fourneau qui projetait la nuit ses flammes et sa lueur effrayante sur le village : un décor idéal pour les histoires de Diable.
Selon Caron, tout aurait commencé avec une femme connue sous le nom de Mademoiselle Poulin. À l’époque où Mathew Bell dirigeait les Forges, elle possédait une érablière voisine que les ouvriers de Bell coupaient pour fabriquer du charbon de bois. Incapable de les arrêter, elle aurait fini par déclarer qu’elle donnait tout ce qu’elle possédait au Diable. Après sa mort, Satan aurait pris possession des lieux. Dans une clairière où l’on fabriquait du charbon de bois, appelée la Vente-au-diable, les voyageurs qui passaient après la tombée de la nuit auraient vu un grand feu et entendu des chaînes, des hurlements, des cris de rage et des rires terrifiants. Des chevaux s’arrêtaient parfois brusquement sur le chemin et refusaient d’avancer. Peu à peu, les Forges acquièrent ainsi la réputation d’être un lieu où le Diable régnait en maître.
Et le Diable prenait de nombreuses formes. Un énorme chat noir venait parfois s’étendre près du haut fourneau, dans une chaleur qu’aucun animal ordinaire n’aurait pu supporter. Lorsque les ouvriers tentaient de le chasser à coups de barres de fer, le chat grossissait jusqu’à devenir gigantesque, puis se dressait avant de disparaître dans le fourneau. Une autre nuit, alors que les habitants dansaient tard un samedi soir, le grand marteau de forge se mit soudain à fonctionner tout seul. Le Diable aurait même placé sa propre jambe sous le marteau, comme s’il s’agissait d’une barre de fer chauffée au rouge. D’autres histoires parlaient du mystérieux Beuglard, une voix invisible dont les cris poursuivaient les voyageurs dans les bois, d’un ours noir qu’aucune arme ne semblait pouvoir blesser et d’étranges hommes rencontrés sur les chemins. On racontait même qu’Édouard Tassé, un ouvrier des Forges, avait affronté le Diable lui-même au cours d’un violent combat en pleine nuit.
Le Diable au lieu historique national des Forges-du-Saint-Maurice (© La Généalogiste franco-canadienne)
Ces légendes servaient aussi à rappeler certaines règles de conduite. Le Diable apparaissait souvent lorsque des gens dansaient jusqu’au dimanche, travaillaient au lieu de respecter le jour du Seigneur, blasphémaient ou négligeaient leurs devoirs religieux. L’isolement des Forges a peut-être contribué à la naissance de tant d’histoires : pendant de longues périodes, cette communauté majoritairement catholique n’avait pas de prêtre résident et les offices religieux étaient irréguliers. Le Diable des Forges était une figure bien locale, associée à toutes sortes de raretés sur les lieux. Encore aujourd’hui, on y trouve un phénomène qui cadre parfaitement avec cette réputation infernale : la « Fontaine du Diable », où du méthane naturel remonte à la surface de l’eau et peut s’enflammer.
Rose Latulippe et le Diable à la danse
Le Mardi gras, un bel étranger vêtu de noir arrive à une joyeuse soirée et s’intéresse rapidement à la jeune Rose Latulippe. Il danse avec elle pendant des heures, mais certains détails commencent à inquiéter les invités. Il refuse d’enlever ses gants, réagit mal lorsqu’on prononce les noms de Jésus et de Marie et semble troublé par les objets religieux. Dehors, la neige a fondu autour des sabots de son magnifique cheval noir.
Illustration créée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, octobre 2026 (ChatGPT)
À minuit, les danses devaient cesser. Le carême venait de commencer. Rose ignore l’avertissement et accepte une dernière danse. L’étranger lui demande alors de se donner à lui pour toujours et, lorsqu’elle accepte, il révèle sa véritable identité : le Diable. Un prêtre intervient juste à temps et parvient à le chasser à l’aide de son étole. Rose survit, mais cette rencontre la transforme complètement. Dans la version la plus connue de la légende, elle entre au couvent et meurt quelques années plus tard.
Au fond, l’histoire servait d’avertissement : profitez de la fête tant qu’il en est temps, mais respectez le calendrier religieux, sachez quand il est temps de rentrer et méfiez-vous des beaux inconnus qui arrivent après la tombée de la nuit.
La Bête à grand’queue
La Bête à grand'queue, illustration de Raoul Barré, dans La Chasse-galerie : légendes canadiennes d’Honoré Beaugrand (Wikisource)
La Bête à grand’queue, aussi appelée la Hère, aurait guetté ceux qui négligeaient leurs devoirs religieux, en particulier ceux qui ne faisaient pas leurs pâques comme ils le devaient. Dans un récit bien connu, le malheureux Fanfan Lazette manquait à ce devoir depuis plus de sept ans lorsqu’il rencontra la créature sur un chemin sombre et orageux près de Lanoraie.
La bête avait les yeux brillants et une énorme queue rouge, longue, disait-on, de six pieds. Lorsqu’elle se mit à poursuivre la charrette de Fanfan, celui-ci se souvint que le seul moyen de la vaincre était de lui couper la queue. Après une lutte acharnée, il y parvint, et la créature disparut dans la rivière Dautraye. Fanfan rentra chez lui avec la queue rouge comme preuve de son aventure.
Il y avait toutefois un problème. Le taureau rouge d’un voisin avait disparu la même nuit, et sa carcasse fut retrouvée plus tard… sans queue. Or, l’animal s’était récemment frotté contre une clôture fraîchement peinte en rouge. Fanfan avait-il vraiment vaincu un monstre surnaturel, ou avait-il simplement croisé un taureau furieux dans l’obscurité ? La question demeure entière.
La Chasse-Galerie
Pour les bûcherons canadiens-français qui passaient l’hiver au fond des bois, la maison pouvait se trouver à des centaines de kilomètres. Selon la légende de la chasse-galerie, il existait une façon très risquée de faire le trajet en une seule nuit : conclure un pacte avec le Diable et prendre les airs à bord d’un canot volant.
La Chasse-galerie, Henri Julien, 1906 (Wikimedia Commons)
Dans la version la plus connue, huit bûcherons travaillant dans un chantier de la Gatineau veulent retourner à Lavaltrie la veille du jour de l’An pour revoir leurs amoureuses. Leur canot peut les transporter dans les airs à une vitesse extraordinaire, mais le pacte vient avec des règles strictes. Ils ne doivent pas prononcer le nom de Dieu ni toucher une croix ou un clocher. Surtout, ils doivent rester assez sobres pour garder le contrôle du canot. S’ils enfreignent les règles, leurs âmes appartiendront au Diable.
À l’aller, tout se déroule à merveille. Le canot s’élève à des centaines de pieds dans le ciel et file au-dessus des forêts sombres et des rivières gelées jusqu’aux célébrations du jour de l’An. Les ennuis commencent au retour. Baptiste Durand, leur pilote, a trop bu. Il passe dangereusement près du clocher de Contrecœur et manque de heurter une grande croix sur le mont Saint-Hilaire. Terrifiés, les hommes l’attachent et lui couvrent la bouche pour l’empêcher de blasphémer et de les condamner. Malgré cela, ils ne rentrent pas tout à fait sains et saufs. Le canot s’écrase et, le lendemain matin, les hommes se réveillent dans un banc de neige près de leur chantier.
Le canot volant est aujourd’hui l’une des images les plus connues du folklore québécois, mais la légende serait bien plus ancienne que la version que l’on connaît aujourd’hui. Elle remonterait à l’époque des coureurs des bois et des voyageurs du Nord-Ouest, avant de trouver une nouvelle vie dans les chantiers forestiers du XIXe siècle. Elle reflétait quelque chose de très réel dans la vie de ces hommes : des mois d’isolement dans les bois, l’ennui de la maison, l’alcool, la religion et le puissant désir de rentrer chez eux, même s’il fallait pour cela faire appel au Diable lui-même.
Le Loup-Garou
Illustration d’un loup-garou par Henri Julien, 1899 (Wikimedia Commons)
Le loup-garou du folklore canadien-français était bien différent de celui que l’on connaît aujourd’hui dans les films et les romans. Il ne devenait pas loup-garou à la suite d’une morsure, et sa transformation n’était pas liée à la pleine lune. Selon une croyance répandue, une personne qui négligeait ses devoirs religieux pendant sept ans, notamment en omettant de faire ses pâques, risquait d’être condamnée à « courir le loup-garou ». La nuit, le pécheur prenait la forme d’un animal et devait rôder jusqu’à ce que quelqu’un parvienne à briser le sort. Le loup-garou était donc plus troublant qu’un simple monstre : sous l’apparence de la bête se trouvait toujours un être humain.
Malgré son nom, la créature ne prenait pas nécessairement la forme d’un loup. Dans le folklore québécois, elle apparaissait le plus souvent sous la forme d’un gros chien noir, bien que d’autres traditions décrivent des loups-garous transformés en chevaux, veaux, chats, cochons et autres animaux. Un voyageur pouvait en croiser un soudainement sur un chemin isolé ou près d’une grange ; sa taille inhabituelle, son intelligence ou son comportement étrange révélaient alors sa nature surnaturelle.
Heureusement, il existait un moyen de délivrer un loup-garou. Selon une tradition répandue, il fallait le blesser au front juste assez pour faire couler un peu de sang. Le sort était alors rompu et l’animal pouvait reprendre forme humaine. Dans certains récits, la personne qui découvrait l’identité du loup-garou devait aussi garder le secret.
Le loup-garou était donc autant un avertissement moral qu’une histoire destinée à faire peur. Il rappelait l’importance de la confession, de la communion et de l’obéissance à l’Église, tout en donnant une explication aux rencontres effrayantes sur les chemins sombres ou dans les forêts isolées. Le plus troublant, c’est que la créature n’était pas nécessairement une bête inconnue cachée dans les bois. Il pouvait s’agir d’un voisin, d’un parent ou de quelqu’un de la même paroisse, tout à fait ordinaire le jour, mais condamné à rôder sous forme animale la nuit.
Partie 3 : Les peurs de la nuit
Personnages épeurants, feux follets et créatures étranges
Le Bonhomme Sept-Heures
Illustration créée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, octobre 2026 (ChatGPT)
Pendant des générations, peu de personnages ont été aussi efficaces pour faire peur aux enfants que le Bonhomme Sept-Heures. Les parents les avertissaient que, s’ils restaient dehors trop tard, refusaient d’aller se coucher ou se conduisaient mal, le Bonhomme Sept-Heures pourrait venir les chercher après sept heures. On le décrivait souvent comme un vieil homme épeurant, vêtu de vieux vêtements, avec une canne et un grand sac dans lequel il mettait les enfants désobéissants. Dans certaines versions, il transportait aussi du sable qu’il pouvait leur jeter dans les yeux avant de les emporter. Ceux qu’il emmenait n’étaient jamais revus.
Contrairement au loup-garou, aucune malédiction compliquée n’expliquait le Bonhomme Sept-Heures. Son rôle était beaucoup plus simple : rappeler aux enfants de rentrer avant la nuit, d’obéir à leurs parents et d’aller se coucher quand on le leur demandait. Il appartenait à une vaste famille de personnages effrayants utilisés dans le monde francophone pour tenir les enfants tranquilles. Le Bonhomme Sept-Heures était connu partout au Québec et ailleurs au Canada français, même si son apparence et le sort qu’il réservait aux enfants désobéissants variaient d’une famille ou d’une région à l’autre.
Les Feux follets
Illustration créée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, octobre 2026 (ChatGPT)
Les feux follets étaient de mystérieuses flammes errantes qui apparaissaient après la tombée de la nuit. Dans le folklore canadien-français, on disait parfois qu’ils étaient les âmes de personnes mortes sans avoir la foi. Ils prenaient plaisir à tourmenter les voyageurs, à les égarer et, dans les récits les plus sombres, à les attirer vers des précipices ou d’autres dangers. Ceux qui voyageaient sur l’eau n’étaient pas nécessairement plus en sécurité.
Un récit québécois raconte l’histoire d’un homme nommé Dargis, réputé pour sa grande force, qui vivait sur la rive sud du Saint-Laurent. Un soir, il chargea son canot de blé pour aller le faire moudre au moulin de Cap-de-la-Madeleine, sur la rive opposée. Retardé par le chargement, il entreprit la traversée alors qu’il faisait déjà nuit noire. Arrivé au milieu du chenal, son canot s’immobilisa soudainement, comme retenu par une force invisible. Dargis se rappela alors qu’on disait les eaux profondes habitées par les feux follets et que, si on les provoquait en les traitant de « culs grillés », ils se mettraient en colère. Peu impressionné, il lança l’insulte trois fois à voix haute. Presque aussitôt, un feu follet se mit à danser à l’avant du canot, puis le frappa au visage avec une telle force qu’il perdit connaissance.
Lorsqu’il reprit connaissance, son canot se trouvait sur l’autre rive, non loin du moulin. Mais les feux follets n’en avaient pas fini avec lui. Jusqu’au lever du jour, il fut incapable de déplacer ses sacs de blé, ni même de marcher jusqu’au moulin tout proche. Dargis finit par rentrer chez lui sain et sauf, mais cet homme qui s’était autrefois moqué des histoires de fantômes et de feux follets ne traversa plus jamais le fleuve après la tombée de la nuit. Par la suite, même la flamme d’une chandelle suffisait à lui faire peur.
Tous les feux follets n’étaient pas décrits de la même façon. Autour de l’île d’Orléans, par exemple, on apercevait parfois au loin des lumières qui dansaient le long du rivage. Certains croyaient qu’il s’agissait des âmes de marins damnés revenues hanter les lieux qu’ils avaient connus de leur vivant. En réalité, certaines de ces lumières n’étaient peut-être que les lanternes de pêcheurs qui travaillaient la nuit sur le fleuve.
Quelle que soit leur origine, les feux follets étaient exactement le genre de phénomène capable de transformer un simple trajet de nuit en expérience effrayante. Une faible lumière au loin pouvait sembler indiquer une maison, un chemin ou un refuge. Mais selon la légende, elle pouvait tout aussi bien vous conduire là où vous ne vouliez surtout pas aller.
Les Lutins
Dans le folklore canadien-français, les lutins étaient de petites créatures surnaturelles qui adoraient particulièrement les chevaux. On disait qu’ils vivaient sous terre, derrière des souches, parmi les rochers et, surtout, dans les étables. La nuit, ils pouvaient nourrir un cheval qu’ils aimaient, le brosser, puis lui tresser la crinière et la queue jusqu’à ce que son poil brille. Mais toute cette attention avait parfois un prix. Au matin, on pouvait retrouver le cheval épuisé et haletant, comme s’il avait galopé toute la nuit pendant que tout le monde dormait.
Illustration créée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, octobre 2026 (ChatGPT)
Dans un récit de chantier forestier, une jument nommée Belzémire se retrouvait chaque lundi matin parfaitement brossée, la mangeoire pleine et la crinière soigneusement frisée, mais complètement essoufflée. Deux bûcherons, Zèbe Roberge et Jos Violon, finirent par se cacher dans l’étable pour découvrir ce qui se passait. Tard ce soir-là, une partie du plancher se souleva lentement. Un minuscule chapeau pointu apparut, suivi de l’œil brillant d’un lutin. Les deux hommes, qui avaient d’abord espéré en capturer un et peut-être faire fortune, changèrent vite d’idée et prirent la fuite.
Les visites continuèrent. Le jour de l’An, Belzémire disparut complètement de son écurie, puis revint le lendemain matin l’air parfaitement satisfaite. Un autre bûcheron affirma l’avoir vue filer très haut au-dessus des arbres. Pour les hommes du chantier, cela suffisait à confirmer que les lutins emmenaient leur jument préférée dans d’étranges aventures nocturnes à travers la forêt.
Partie 4 : Mystères et légendes de l’Acadie
Monstres, fantômes et sorcellerie au bord de la mer
La Gougou
Sur les rives de la baie des Chaleurs, des Autochtones racontaient l’histoire d’une géante terrifiante appelée la Gougou. On disait qu’elle vivait sur une île de la baie, que l’on a plus tard souvent associée à l’île Miscou, et qu’elle était si immense que les mâts d’un navire ne lui arrivaient pas à la taille. Ceux qui avaient le malheur de tomber entre ses mains pouvaient être enfermés dans une énorme poche et emportés pour être mangés plus tard.
Illustration créée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, octobre 2026 (ChatGPT)
La légende circulait déjà lorsque Samuel de Champlain visita la région en 1603. Elle l’intrigua suffisamment pour qu’il lui consacre une bonne partie d’un chapitre intitulé « D’un monstre épouvantable que les sauvages appellent Gougou, et de notre bref et heureux retour en France ». Selon Champlain, ceux qui disaient l’avoir vue racontaient avoir entendu des bruits horribles et d’étranges sifflements provenant de son île.
Champlain nomme aussi un témoin français : le sieur Prévert de Saint-Malo. Prévert lui raconta être passé assez près de l’île où la Gougou était censée vivre pour entendre lui-même d’étranges sifflements. Les Autochtones qui voyageaient avec lui furent si effrayés qu’ils se cachèrent à bord du navire, de peur que la créature ne vienne les emporte
La Charrette de la mort
À l’île Lamèque, au large de la péninsule acadienne au Nouveau-Brunswick, on racontait autrefois qu’une charrette invisible longeait le rivage après la tombée de la nuit. On ne la voyait jamais, mais des témoins entendaient le grincement de ses roues, parfois accompagné du bruit des sabots d’un cheval ou de la voix d’un conducteur. La légende devint si étroitement liée à Lamèque que la plupart des versions acadiennes recueillies par les folkloristes provenaient de l’île.
Illustration créée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, octobre 2026 (ChatGPT)
Un récit, qui se serait déroulé vers 1850, met en scène un homme nommé Octave Haché. Un soir, alors qu’il marche le long de la côte, la mystérieuse charrette se met à le poursuivre. Il se réfugie chez un voisin, mais la charrette l’attend de nouveau lorsqu’il reprend son chemin. Haché finit par trouver le courage de l’affronter. Il prie et fait dire des messes pour les âmes du purgatoire, après quoi les phénomènes cessent. Des années plus tard, un autre homme aurait été poursuivi et même heurté par la charrette avant de voir une mystérieuse boule noire disparaître au bord de l’eau. L’incident renforça l’idée que la charrette était liée à des âmes en peine et que les prières et les messes pouvaient mettre fin à la hantise.
Personne ne s’entendait sur ce qui conduisait la charrette. Certains croyaient qu’il s’agissait d’une femme dont l’âme ne trouvait pas le repos ; d’autres parlaient d’un homme mort sans avoir payé sa charrette, ou encore de deux frères qui n’avaient jamais réglé un différend à son sujet. À Lamèque, on associait généralement la charrette à des âmes en peine qui demandaient aux vivants de prier pour elles. Ailleurs au Nouveau-Brunswick acadien, toutefois, des charrettes fantômes apparaissaient parfois peu avant un décès, et le bruit de leurs roues qui approchaient était considéré comme un signe particulièrement épeurant.
Le nom « charrette de la mort » s’est surtout répandu dans la littérature, tandis que dans la tradition orale, on parlait plus souvent de la « charrette fantôme ». Cette légende rappelle aussi l’Ankou de Bretagne, un personnage associé à la mort dont la charrette grinçante annonçait le décès prochain de quelqu’un. La tradition acadienne a toutefois développé ses propres versions et ses propres significations.
Le Vaisseau fantôme
Le long des rives de la baie des Chaleurs et du détroit de Northumberland, des générations d’habitants ont raconté l’histoire d’un vaisseau fantôme qui apparaissait sur l’eau après la tombée de la nuit. On le décrivait généralement comme un grand voilier entouré de flammes, dont on pouvait parfois distinguer clairement les mâts et le gréement à travers le feu. Des silhouettes semblaient se déplacer sur le pont et grimper dans le gréement, mais les flammes ne consumaient jamais le navire. Ceux qui tentaient de s’en approcher le voyaient parfois disparaître soudainement ou sembler s’éloigner davantage.
Une version recueillie en Gaspésie relie l’apparition à un crime violent commis en mer. Au large de Port-Daniel, deux hommes, tous deux nommés Roussi, auraient ramé jusqu’à un navire de passage pour y vendre une carcasse de bœuf. Le capitaine les assassina, coula leur embarcation et s’empara de la viande. Lorsqu’un missionnaire à bord tenta de donner l’absolution aux deux mourants, le capitaine le fit attacher au mât. Il ne fut libéré qu’après que l’équipage eut convaincu le capitaine de le détacher.
Illustration créée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, octobre 2026 (ChatGPT)
Selon le récit, un feu mystérieux se mit ensuite à apparaître au large, surtout avant de fortes tempêtes. Ceux qui osaient s’en approcher disaient pouvoir distinguer un navire au milieu des flammes, voir un prêtre attaché au mât et l’équipage à genoux, tout en entendant la terrible voix du capitaine. Cette histoire fut associée au feu des Roussi, même si les récits sur ce feu mystérieux et ceux du vaisseau fantôme se recoupent parfois sans toujours raconter exactement la même histoire.
Ailleurs autour de la baie des Chaleurs, surtout du côté du Nouveau-Brunswick, l’apparition en flammes était aussi appelée le feu du mauvais temps, car on croyait qu’elle annonçait l’arrivée d’une tempête. D’autres versions parlaient plutôt de pirates, de naufrages ou de crimes commis en mer. Une image revenait toutefois presque toujours : celle d’un voilier enveloppé de flammes, apparaissant mystérieusement sur l’eau sombre sans jamais être consumé par le feu.
Le Sorcier de Chéticamp
Dans la communauté acadienne de Chéticamp, sur la côte ouest du Cap-Breton, on racontait autrefois des histoires sur un homme connu simplement sous le nom de Sorcier de Chéticamp. Il ne s’agissait pas d’un personnage perdu dans un lointain passé. Lorsque ces récits furent recueillis au début des années 1970, l’homme n’était mort que depuis quelques années et de nombreux habitants de Chéticamp l’avaient connu personnellement.
On lui attribuait toutes sortes de phénomènes étranges. Une femme se réveilla en pleine nuit en entendant sa machine à coudre fonctionner toute seule, tandis que des objets bougeaient et se heurtaient dans la maison. Plus tard, les ennuis touchèrent les vaches de la famille. Les bêtes se mirent à sauter par-dessus les clôtures et à se comporter de façon étrange ; lorsqu’on les trayait, leur lait était épais comme de la colle et impossible à boire. Un autre soir, deux filles parties chercher les vaches rencontrèrent un homme sans tête chaussé de bottes noires, qui les poursuivit jusqu’à la maison. Peu après leur arrivée, le Sorcier de Chéticamp passa sur le chemin en riant. L’une des filles l’accusa aussitôt : « C’était toi ! »
Illustration créée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, octobre 2026 (ChatGPT)
Les pouvoirs qu’on attribuait au sorcier pouvaient parfois se retourner contre lui. Lorsqu’une famille n’arrivait pas à faire du beurre avec sa crème, malgré tous ses efforts, la mère fit chauffer une tige de fer dans le poêle, puis la passa autour de la baratte. Le lendemain, on aperçut le sorcier avec un gros bandage autour du cou. Dans une autre histoire, un homme façonna un bonhomme de neige, lui planta un couteau dans le côté et le laissa fondre au soleil. Le lendemain, le sorcier crachait du sang et les gens croyaient qu’il allait mourir. Mais le bonhomme de neige n’ayant pas complètement fondu, le sorcier finit par se rétablir.
Ce qui rend ces récits particulièrement troublants, c’est qu’ils étaient encore racontés à une époque relativement récente. Lorsque Cape Breton’s Magazine les publia en 1972, la revue choisit délibérément de ne pas révéler le nom de l’homme, puisque des gens qui l’avaient connu étaient encore en vie. Ces histoires, recueillies à Chéticamp, montrent que la sorcellerie ne faisait pas seulement partie des vieilles légendes. Le sorcier pouvait être quelqu’un du voisinage, une personne que l’on croisait sur le chemin.
Partie 5 : Légendes de l’Ouest et traditions métisses
Roogaroos, chevaux noirs et créatures surnaturelles des Prairies
Li Roogaroo
À mesure que les traditions canadiennes-françaises se sont répandues dans l’Ouest et mêlées à la culture métisse, le loup-garou a pris une forme distinctement métisse. Dans les récits en michif, il est devenu li Roogaroo, aussi écrit Rougarou ou Rugaroo. Comme le loup-garou canadien-français, il s’agissait d’un être humain transformé en créature surnaturelle, mais les conteurs métis ne le limitaient pas à la forme d’un loup. Un Roogaroo pouvait apparaître sous la forme d’un énorme chien noir, d’un autre animal ou simplement d’une personne dotée de pouvoirs surnaturels inquiétants. Ces récits mêlaient des traditions catholiques canadiennes-françaises à des traditions cries et ojibwées, créant des histoires apparentées à celles du loup-garou, mais avec leurs propres formes et significations.
Un récit rapporté par l’aînée métisse Agnes Pelletier met en scène un étrange chien noir. Son père revenait d’une danse en hiver dans une carriole tirée par un cheval lorsque le chien apparut à ses côtés. Même lorsque le cheval se mit à courir, le chien continuait simplement à marcher près de la carriole tout en restant à sa hauteur. Soudain, il sauta dans la carriole et le cheval s’immobilisa. Dans cette histoire, Pelletier se souvenait qu’on lui avait dit qu’en faisant couler le sang du chien, on pouvait sauver l’âme humaine emprisonnée en lui.
Illustration créée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, octobre 2026 (ChatGPT)
Plus généralement, la tradition métisse décrivait d’autres façons de guérir un Roogaroo. Un coup sec sur le nez ou une coche à l’oreille pouvait rompre le sort et rendre sa forme humaine à la personne. Contrairement à la tradition canadienne-française du loup-garou, il n’était pas nécessaire de faire couler le sang ni d’accomplir un acte religieux particulier. La personne délivrée pouvait plutôt être pardonnée et réintégrée dans la communauté.
Une autre histoire de Roogaroo, racontée à Agnes Pelletier par sa grand-mère, concernait une femme nommée Rosalie, à qui l’on attribuait une force et une rapidité extraordinaires. Elle aurait pu se rendre à Fort Qu’Appelle et revenir avant même que l’eau ait le temps de bouillir, et fendre une bûche d’un seul coup. Dans ce genre de récit, la transformation surnaturelle pouvait toucher des personnes qui avaient offensé le Créateur, subi une influence maléfique ou enfreint certaines règles religieuses ou sociales. Comme le loup-garou canadien-français, li Roogaroo pouvait donc être à la fois une créature épeurante et une mise en garde.
Le Cheval noir de Saint-Boniface
À l’hiver 1862-1863, Monseigneur Alexandre-Antonin Taché faisait construire une nouvelle cathédrale à Saint-Boniface. La cathédrale précédente avait brûlé en 1860, et des hommes furent envoyés à l’est de la Rivière-Rouge pour couper et préparer le bois nécessaire à sa reconstruction. Selon une légende métisse du Manitoba, l’hiver rigoureux rendait le travail lent et épuisant jusqu’au matin où, après une chute de neige, un magnifique cheval noir apparut de nulle part. Personne ne savait à qui il appartenait, mais on décida de le garder et de le mettre au travail.
Colonie de la rivière Rouge, à Saint-Boniface, aquarelle de William Henry Edward Napier, 1858 (Wikimedia Commons)
Le cheval se révéla d’une force extraordinaire. Au début, il transportait une charge normale de bois ; puis deux fois plus, et enfin trois fois autant que les autres chevaux. Monseigneur Taché avait donné aux hommes une consigne étrange : il ne fallait jamais retirer la bride du cheval, même pour le laisser manger.
Illustration créée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, octobre 2026 (ChatGPT)
Un soir, un homme nommé Harrison eut pitié de l’animal. En le voyant toujours bridé, il décida de lui enlever la bride. Aussitôt, le cheval disparut. Terrifié, Harrison courut voir Monseigneur Taché, qui lui rappela qu’on lui avait bien défendu de retirer la bride. Le mystérieux cheval noir, lui expliqua-t-il, était le Diable.
Cette histoire est particulièrement intéressante parce qu’elle relie les traditions métisses de l’Ouest aux traditions canadiennes-françaises. Une légende remarquablement semblable, mettant elle aussi en scène un mystérieux cheval noir, était racontée dans la région de Trois-Pistoles, au Québec.
Paakuks
Parmi les figures les plus sombres des récits métis se trouvaient les Paakuks, aussi appelés Pakahks ou Pakakoshs. On les décrivait comme d’horribles squelettes volants, extrêmement maigres, associés à la maladie. Contrairement au Roogaroo, dont les racines remontent en partie aux traditions canadiennes-françaises du loup-garou, le Paakuk vient plutôt des traditions cries et ojibwées présentes dans la culture métisse. Avec le temps, toutes ces influences se sont mêlées pour donner naissance à des récits bien particuliers à la tradition métisse.
Les Paakuks étaient des créatures de la nuit. On disait qu’ils volaient dans l’obscurité et effrayaient les gens avec leurs rires sinistres, presque démoniaques. La conteuse métisse Jeanne Pelletier se souvenait que sa grand-mère racontait des histoires de Paakuks aux enfants après une soirée passée chez des proches, juste avant qu’ils reprennent le chemin de la maison. Le moment était bien choisi : après avoir entendu parler de squelettes volants qui apparaissaient dans la nuit, le trajet du retour devait sembler beaucoup plus long.
Illustration créée par l’auteure à l’aide de l’intelligence artificielle, octobre 2026 (ChatGPT)
Les Paakuks avaient aussi une signification plus sombre. Alors que l’esprit cannibale Whiitigo représentait le danger de la famine, les Paakuks symbolisaient la maladie. Avec le Roogaroo, le Whiitigo et le Diable, ils faisaient partie des figures les plus inquiétantes des récits métis. Ces créatures ne servaient pas seulement à faire peur : elles donnaient aussi une forme surnaturelle aux dangers bien réels qui pouvaient menacer une communauté.
Note : Dans la tradition métisse, les récits appartiennent aux conteurs et aux familles qui les transmettent. Les histoires présentées dans cette section proviennent d’aînés et de conteurs métis dont les paroles ont été recueillies et publiées par le Gabriel Dumont Institute : Agnes Pelletier, interviewée par Norman Fleury à Yorkton, en Saskatchewan, en 1999, et Jeanne Pelletier, dont les souvenirs figurent dans Stories of Our People / Lii zistwayr di la naasyoon di Michif (2008). Je leur suis reconnaissante, ainsi qu’au Gabriel Dumont Institute, d’avoir contribué à préserver ces récits, et j’encourage les lecteurs à consulter les sources originales.
Ce que ces légendes révèlent sur nos ancêtres
Il est tentant de regarder ces légendes avec nos yeux d’aujourd’hui et de croire que les gens avaient simplement peur des monstres parce qu’ils comprenaient moins bien le monde qui les entourait. La réalité était plus complexe. Les Canadiens français vivaient dans un environnement qui pouvait réellement être dangereux et effrayant. Traverser le Saint-Laurent en hiver était risqué, les forêts et les chantiers étaient isolés, les routes mal éclairées, les tempêtes pouvaient se lever rapidement en mer, et la maladie ou la mort survenir sans avertissement. Dans ce contexte, un bruit étrange, une lumière au loin, un animal aperçu sur un chemin sombre ou la disparition d’un voisin pouvaient facilement trouver une explication surnaturelle.
La religion façonnait aussi la manière dont on comprenait ces dangers. Plusieurs de ces légendes tournent autour de la confession, de la messe, du carême, du repos dominical, du blasphème, des âmes du purgatoire et du Diable. Le surnaturel faisait donc partie du quotidien. Un loup-garou pouvait incarner les conséquences de devoirs religieux négligés, tandis qu’un revenant pouvait revenir parce qu’il avait encore besoin de prières ou de messes. D’autres histoires avaient un rôle plus pratique. Le Bonhomme Sept-Heures servait à faire rentrer les enfants avant la nuit. Les récits de créatures dangereuses rendaient les chemins isolés, les rivières gelées et les lieux inconnus encore plus épeurants, tout en rappelant qu’il fallait rester prudent.
Cela ne signifie pas que tout le monde prenait chaque histoire au pied de la lettre. Le folklore pouvait être à la fois effrayant, divertissant, moralisateur et même humoristique. Un exemple fascinant paraît dans la Gazette de Québec du 21 juillet 1766. Le journal rapporte qu’un « Loup garou » rôde autour de Saint-Roch-des-Aulnaies, près de Kamouraska, « sous la forme d’un Mendiant ». La créature aurait le talent de « persuader ce qu’il ignore », promettrait ce qu’elle ne peut tenir et réussirait malgré tout à obtenir ce qu’elle demande. Elle serait arrivée à Québec « avec le secours de ses deux pieds de derrière », avant de repartir pour Montréal ; on recommandait au public de s’en méfier autant que de la bête qui avait paru l’année précédente dans le Gévaudan, en France. À nos yeux aujourd’hui, le texte ressemble davantage à une satire visant un imposteur ou un escroc. BAnQ le présente toutefois comme un indice que le loup-garou pouvait encore être perçu comme une menace réelle. Quelle que soit l’intention de l’auteur, le texte montre que la figure du loup-garou était assez familière aux lecteurs de 1766 pour ne nécessiter aucune explication.
La Gazette de Québec, 21 juillet 1766 (Bibliothèque et Archives nationales du Québec)
Pour les généalogistes, ces légendes révèlent une dimension que les documents d’archives montrent rarement. Les registres paroissiaux nous disent quand nos ancêtres ont été baptisés, mariés et inhumés. Les recensements nous indiquent où ils vivaient. Les actes notariés et les dossiers judiciaires nous renseignent sur leurs biens, leur travail et leurs conflits. Le folklore nous ouvre une autre fenêtre sur leur univers : ce qui leur faisait peur, ce contre quoi ils mettaient leurs enfants en garde, la façon dont ils expliquaient ce qu’ils ne comprenaient pas et les histoires qu’ils racontaient lorsque la nuit tombait. Parfois, les deux types de sources se rejoignent. On peut suivre Marie Josèphe Corriveau dans les archives grâce à son baptême de 1733, à ses contrats de mariage de 1749 et de 1761 et aux transcriptions de son procès militaire de 1763 ; pourtant, on se souvient aujourd’hui surtout d’elle comme d’une sorcière en cage hantant le chemin de Pointe-Lévy. Derrière plusieurs de ces légendes se trouvaient de vraies personnes, dont les histoires attendent encore d’être découvertes dans les archives.
À propos de cet article : L’intelligence artificielle générative a servi d’outil de recherche, de rédaction et de révision dans la préparation de cet article, ainsi qu’à la création de certaines illustrations. L’auteure a consulté les sources citées, vérifié le contenu historique et pris toutes les décisions finales sur le plan éditorial et interprétatif. Les illustrations générées par intelligence artificielle sont clairement identifiées dans leurs légendes.
Sources
Ville de Québec, « Chute de la Dame blanche », Découvrir les quartiers de Québec : Montmorency (https://www.ville.quebec.qc.ca/citoyens/patrimoine/quartiers/montmorency/interet/chute-de-la-dame-blanche.aspx : consulté le 6 oct. 2026).
Commission de toponymie du Québec, « Chute de la Dame blanche », Banque de noms de lieux du Québec (https://toponymie.gouv.qc.ca/ct/ToposWeb/Fiche.aspx?no_seq=140785 : consulté le 6 oct. 2026).
Louis Fréchette, « Le revenant de Gentilly », publié pour la première fois dans Canada-Revue, vol. III, no. 1 (Montréal, 1892), pp. 9–11, texte intégral numérisé par Tous les contes (https://touslescontes.com/biblio/conte.php?iDconte=182 : consulté le 6 oct. 2026).
Dictionnaire des auteurs des littératures de l’imaginaire en Amérique française, « Le Revenant de Gentilly » (https://www.daliaf.com/oeuvres/revenant-de-gentilly-le-1892 : consulté le 6 oct. 2026).
Kim Kujawski, « La Corriveau, » La Généalogiste franco-canadienne (https://www.tfcg.ca/la-corriveau-fr : consulté le 6 oct. 2026).
Philippe Aubert de Gaspé, Les Anciens Canadiens (Québec : Desbarats et Derbishire, 1863), chap. IV, « La Corriveau », numérisé par Wikisource (https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Anciens_Canadiens/4 : consulté le 7 oct. 2026).
Auguste Béchard, Histoire de l’Ile-aux-Grues et des îles voisines, numérisé par Canadiana (https://www.canadiana.ca/view/oocihm.71646 : consulté le 6 oct. 2026).
Damase Potvin, Le Saint-Laurent et ses îles (Québec : Éditions Garneau, 1945), repris dans « Petit Bonhomme Sans Tête », Grand Québec (https://grandquebec.com/legendes-du-quebec/homme-sans-tete/ : consulté le 7 oct. 2026).
Mireille Thibault, Le petit bonhomme sans tête de L’Isle-aux-Grues : à la recherche d’une légende, résumé par Leslibraires.ca (https://www.leslibraires.ca/livres/petit-bonhomme-sans-tete-de-l-mireille-thibault-9782922132489.html : consulté le 6 oct. 2026).
Louis Fréchette, « La Tête à Pitre », dans La Noël au Canada, numérisé par BibeBook (https://bibebook.com/frechette_louis_-_la_noel_au_canada/index.html : consulté le 6 oct. 2026).
Jean Du Berger, « Canot, canot à glace, canot à vapeur… et canot à moteur », Rabaska, vol. 8 (2010), numérisé par Érudit (https://www.erudit.org/fr/revues/rabaska/2010-v8-rabaska3976/045254ar.pdf : consulté le 6 oct. 2026).
Napoléon Caron, « Légendes des Forges du Saint-Maurice », L’Opinion publique, vol. III, nos. 17–19 (27 avril— 9 mai 1872), pp. 194–207 ; réimprimé plus tard dans Contes et légendes des Vieilles Forges (Trois-Rivières : Éditions du Bien Public, 1954), pp. 15–38.
Nicholas Hancock, Le diable dans les contes des Forges du Saint-Maurice, mémoire de maîtrise en études québécoises, Université du Québec à Trois-Rivières (https://depot-e.uqtr.ca/id/eprint/6762/ : consulté le 6 oct. 2026), 1982.
Jean Du Berger, « Imaginaire traditionnel, imaginaire institutionnel », dans La construction d’une culture : le Québec et l’Amérique française, numérisé par Érudit (https://www.erudit.org/fr/livres/culture-francaise-damerique/construction-dune-culture-quebec-lamerique-francaise/000360co.pdf : consulté le 6 oct. 2026).
Parcs Canada, Lieu historique national des Forges-du-Saint-Maurice (https://parks.canada.ca/lhn-nhs/qc/saintmaurice/gestion-management/plan : consulté le 6 oct. 2026), Plan directeur, 2020.
Jacques Dorion, Le folklore oral aux Forges du Saint-Maurice, Parcs Canada, 1977, numérisé par Trois-Rivières numérique (https://troisrivieresnumerique.ca/wp-content/uploads/2024/09/1977_FSTM_Dorion_Folklore_oral.pdf : consulté le 6 oct. 2026).
Philippe Aubert de Gaspé fils, L’Influence d’un livre (Québec : William Cowan et fils, 1837), chap. V, « L’Étranger », pp. 36–47, numérisé par Wikisource (https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99influence_d%E2%80%99un_livre/6 : consulté le 6 oct. 2026).
Jean Du Berger, Le Diable à la danse (Québec : CÉLAT et Presses de l’Université Laval, 2006).
Honoré Beaugrand, « La Chasse-Galerie », dans La Chasse-galerie : légendes canadiennes (Montréal, 1900), numérisé par Wikisource (https://fr.wikisource.org/wiki/La_Chasse-galerie_%28recueil%29/La_Chasse-galerie : consulté le 6 oct. 2026).
Bibliothèque et Archives nationales du Québec, « La chasse-galerie », Le Square : La Fabrique de créatures imaginaires (https://square.banq.qc.ca/la-fabrique-de-creature-imaginaires/chasse-galerie : consulté le 6 oct. 2026).
Honoré Beaugrand, « La Bête à Grand’queue », dans La Chasse-galerie : légendes canadiennes (Montréal, 1900), numérisé par Wikisource (https://fr.wikisource.org/wiki/La_Chasse-galerie_(recueil) : consulté le 6 oct. 2026).
Honoré Beaugrand, « Le Loup-Garou », dans La Chasse-galerie : légendes canadiennes (Montréal, 1900), numérisé par Wikisource (https://fr.wikisource.org/wiki/La_Chasse-galerie_%28recueil%29/Le_Loup-garou : consulté le 6 oct. 2026).
Bibliothèque et Archives nationales du Québec, « Le loup-garou », Le Square : La Fabrique de créatures imaginaires (https://square.banq.qc.ca/la-fabrique-de-creature-imaginaires/loup-garou : consulté le 6 oct. 2026).
Office québécois de la langue française, « bonhomme Sept-Heures », Vitrine linguistique : Grand dictionnaire terminologique (https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/8972202/bonhomme-sept-heures : consulté le 6 oct. 2026).
Gouvernement du Québec, « Le bonhomme Sept-Heures », Classe culturelle (https://classe.culture-education.ca/ressources/bonhomme-sept-heures/ : consulté le 6 oct. 2026).
« Feux follets », Bulletin des recherches historiques, vol. XXXV, no 11 (novembre 1929), pp. 645–650, numérisé par Trois-Rivières numérique (https://troisrivieresnumerique.ca/wp-content/uploads/2025/10/BRH_BAnQ_VolXXXV_No11Nov1929_Extract5-1041.pdf : consulté le 11 oct. 2026).
Jean Du Berger, « Le folklore au Québec », Usito, Université de Sherbrooke (https://usito.usherbrooke.ca/articles/th%C3%A9matiques/du_berger_1 : consulté le 6 oct. 2026).
André Croteau, « Les îles du Saint-Laurent », Usito, Université de Sherbrooke (https://usito.usherbrooke.ca/articles/th%C3%A9matiques/croteau_1 : consulté le 6 oct. 2026).
Louis-Honoré Fréchette, « Les lutins », dans l’édition de 1905 de l’Almanach du peuple de la librairie Beauchemin, traduction anglaise publiée par Mysteries of Canada (https://mysteriesofcanada.com/quebec/les-lutins-the-goblins-by-louis-frechette-english-translation/ : consulté le 6 oct. 2026).
Samuel de Champlain, « D’un monstre espouvantable que les Sauvages appellent Gougou », chap. XIII dans Des Sauvages ou Voyages du Sieur de Champlain faict en l’an 1603, numérisé par Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org/cache/epub/17258/pg17258-images.html : consulté le 6 oct. 2026).
Jacques P. Ouellet, Le monstre de l’île Miscou, présenté dans FousDeLire (https://fousdelire.ca/livres/le-monstre-de-lile-miscou/ : consulté le 6 oct. 2026).
Norman Clermont, « Le gougou de Champlain et les croyances algonquiennes », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 35, no. 3 (décembre 1981), pp. 377–381, numérisé par Érudit (https://www.erudit.org/en/journals/haf/1981-v35-n3-haf2324/303975ar.pdf : consulté le 7 oct. 2026).
Carmen d’Entremont, « Mariaagélas, Pélagie-la-Charrette et le folklore acadien », Port Acadie, nos. 22–23 (2012–2013), pp. 163–182, numérisé par Érudit (https://www.erudit.org/fr/revues/pa/2012-n22-23-pa0515/1014980ar.pdf : consulté le 7 oct. 2026).
Ronald Labelle, « Une charrette qui a traversé l’océan ? Les reflets de l’Ankou breton en Acadie », Port Acadie, nos. 13– 14–15 (2008–2009), pp. 285–293, numérisé par Érudit (https://www.erudit.org/fr/revues/pa/2008-n13-14-15-pa3491/038434ar.pdf : consulté le 6 oct. 2026).
« L’énigme du vaisseau-fantôme : une légende acadienne », archivé par Bibliothèque et Archives Canada (https://epe.lac-bac.gc.ca/100/205/301/ic/cdc/vaisseaufantome/temoignage/temoignage51.html?nodisclaimer=1 : consulté le 7 oct. 2026).
Centre culturel Marie-Anne-Gaboury, « Le feu des Roussis », dans L’énigme du vaisseau-fantôme : une légende acadienne, archivé par Bibliothèque et Archives Canada (https://epe.lac-bac.gc.ca/100/205/301/ic/cdc/vaisseaufantome/legende/roussis.html?nodisclaimer=1 : consulté le 6 oct. 2026).
Patrimoine Paspébiac, « Légendes et contes : Le feu des Roussy », Quelques légendes et contes de la Baie-des-Chaleurs (https://patrimoinepaspebiac.com/patrimoine-culturel/legendes-et-contes/ : consulté le 6 oct. 2026).
« Le Sorcier de Chéticamp », Cape Breton’s Magazine, no. 1 (1972), pp. 13, 22 (https://capebretonsmagazine.com/modules/publisher/item_itemid-15.html et https://capebretonsmagazine.com/modules/publisher/item_itemid-24.html : consulté le 6 oct. 2026).
Darren R. Préfontaine, « Introduction to Métis Stories », dans Stories of Our People / Lii zistwayr di la naasyoon di Michif : A Métis Graphic Novel Anthology (Saskatoon : Gabriel Dumont Institute, 2008), numérisé par le Virtual Museum of Métis History and Culture (https://www.metismuseum.ca/resource.php/148343 : consulté le 6 oct. 2026).
Gabriel Dumont Institute, Métis Story Tellers, comprenant des récits racontés par Agnes Pelletier lors d’une entrevue réalisée par Norman Fleury, Yorkton, Saskatchewan, 25 avril 1999, numérisé par le Virtual Museum of Métis History and Culture (https://www.metismuseum.ca/media/document.php/00747.Traditional%20M%C3%A9tis%20Stories.pdf : consulté le 7 oct. 2026).
Société historique de Saint-Boniface, « The Legend of the Horse who Helped Build the Church », dans Métis Stories and Traditions (https://www.sevenoakshouse.ca/uploads/1/0/7/5/107589883/recits_et_traditions_metis_en.pdf : consulté le 6 oct. 2026).
Société historique de Saint-Boniface, « Archdiocese of St. Boniface Timeline » (https://shsb.mb.ca/diocese-de-saint-boniface-chronologie/?lang=en : consulté le 6 oct. 2026).